Nier sans preuve ?

Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve.

Cette citation, souvent attribuée à Euclide (j’y reviendrai), on la voit régulièrement passer dans les milieux sceptiques comme ailleurs . On l’a par exemple récemment trouvée sous la plume de Thomas Durand, auteur de la Tronche en Biais et de la Minute Sapiens . On trouve aussi occasionnellement la variation suivante :

Ce qui est affirmé sans preuve peut être réfuté sans preuve.

Pourtant, telle quelle, cette citation pose problème sur les plans logique et épistémologique. Ce qu’elle laisse en effet entendre est bien loin de tout rationalisme.

Les mots justes

« Nier », dans sa compréhension la plus populaire et compatible avec le sujet, c’est affirmer la fausseté ou la non-existence . Certes quelques définitions réfèrent plus à une non-adhésion qu’à une contradiction , mais force est de constater qu’une telle compréhension du terme est marginale.

Certains lecteurs et lectrices pourront remarquer que me focaliser sur la définition populaire de « nier » ne me permettra pas de remettre en cause la maxime telle que comprise par celles et ceux l’utilisant. Ils auront raison, et en effet là n’est pas mon propos. En revanche, deux points justifient de raisonner à partir de la définition la plus populaire. D’une part, il se trouve des individus invoquant la citation tout en pensant « nier » selon cette définition . D’autre part, la communication n’est pas qu’une question d’expression mais aussi de réception et de compréhension. Il ne suffit pas que les mots puissent signifier ce que l’on désire exprimer : cela assure que l’assertion soit techniquement vraie, mais pas que son fond soit correctement transmis. Il convient donc aussi de s’assurer au mieux que le récipiendaire du message en aura la bonne interprétation, et d’éviter que le texte ne laisse entendre n’importe quoi.

Prenons donc pour base de réflexion la compréhension populaire. Nier quelque chose, c’est alors en déclarer la fausseté, et donc en affirmer la négation. Par conséquent, la maxime ci-discutée est inacceptable. Elle prétend que puisse être affirmé quelque chose sans preuve au prétexte d’une autre affirmation sans preuve. Une sorte de nivellement par le bas mettant pour tous la rationalité au second plan à la moindre incartade, que certains pourront même associer à un certain relativisme .

Une telle position est intenable. Si j’affirme sans preuve posséder un véhicule, vous ne pouvez pas pour autant affirmer sans preuve que je n’en possède pas. Vous ne pouvez que refuser de me croire.

Prétendre pouvoir nier sans preuve est d’ailleurs fondamentalement incohérent, et la maxime prête ainsi le flanc à un franc rejet  : si l’on considère la négation de l’affirmation de départ, on remarque que du raisonnement ci-discuté découle aussi que ce qui est nié sans preuve peut également être affirmé sans preuve.

Pour ce qui est de l’alternative, employer « réfuté » en lieu et place de « nié » ne rend la chose que pire : réfuter implique non seulement de nier, mais en plus de démontrer la fausseté de la chose .

Pour que la maxime soit valide, il suffit d’utiliser les mots justes :

Ce qui est affirmé sans preuve peut être refusé sans preuve.

Ou encore :

Ce qui est affirmé sans preuve peut être rejeté sans preuve.

Ainsi, il ne s’agit plus d’affirmer la fausseté, mais simplement de ne pas accepter aveuglément la prétendue validité de l’affirmation faite.

Ce qu’en disait Euclide

Il va être bien difficile de préciser le propos d’Euclide sur ce point, pour la simple et bonne raison qu’il semble ne jamais l’avoir tenu. Sur internet, où la citation est fréquente, on ne trouve aucune source la justifiant, ni même mention du texte original en grec ancien. On remarque par contre qu’elle s’est retrouvée très tôt sur des sites agrégeant des citations , ce qui a pu grandement participer à sa popularisation. Lorsque l’on se tourne vers Google Books , on observe que tous les ouvrages de la base de données associant la maxime à Euclide ne la sourcent pas plus, y compris un fournissant pourtant des références presque à chaque citation . Ils sont par ailleurs tous postérieurs à sa popularisation sur internet ; tous, sauf peut-être un, un recueil de citations de 1969 dont on ne peut voir d’extraits en ligne.

Pour tirer cela au clair, je me suis procuré l’ouvrage. On y trouve bien la citation ; toutefois elle n’est pas attribuée à Euclide mais à Euclide de Mégare , soit une toute autre personne. On comprend alors qu’il y a certainement eu confusion lors de reprises de la citation, ôtant la localisation jugée à tort superflue.

Néanmoins, rien non plus n’indique qu’il s’agisse d’une citation réelle d’Euclide de Mégare. De ce dernier, il ne nous reste aucun texte . Son existence et ses propos nous sont rapportés par des sources éparses, et compilées par K. Döring dans Die Megariker , traduit en français par R. Muller . Or on ne trouve rien qui fasse écho à la prétendue citation, ni ici , ni dans le Dictionnaire des philosophes antiques de R. Muller , ni auprès la principale source ancienne qu’est Diogène Laëcre , ni dans la Sauda , ni a priori dans l’École de Mégare de D. Henne . L’attribution de la maxime à Euclide de Mégare en 1969 semble ainsi sortir de nulle part ; une erreur, ou peut-être une invention pour fournir à chaque auteur sa citation.

L’analyse des usages de cette maxime fournit deux autres arguments forts en faveur de cette thèse. Le premier est l’aspect « local » de cette prétendue citation : il apparaît qu’elle se retrouve bien plus rarement (avec attribution à l’un des Euclide) sur l’internet anglophone . Le second argument relève des usages de la maxime, antérieurs à 1969. En effet, on retrouve l’idée dans divers textes et sous diverses formes dès le XVIIIe siècle en français ainsi sous forme latine (et non grecque) . Chaque fois, le propos n’est attribué à personne, sinon aux « lois d’une dispute réglée » ou à la « vieille philosophie » . Ainsi donc, l’attribution de la citation à Euclide ou Euclide de Mégare semble bien être une erreur ou une invention du milieu du XXe siècle.

Pour ce qui est du vocabulaire choisi lors de ces expressions antérieures de l’idée, la locution latine, lorsqu’elle est invoquée dans des textes d’autres langues, va généralement comme suit :

Quod gratis asseritur, gratis negatur.

Là, c’est le verbe « nego » qui est utilisé . S’il peut signifier certes un refus (comme le refus d’une invitation par exemple), il signifie généralement « nier » , et est ainsi traduit dans les recueils de citations latine . Quant aux expressions employées en français, elles sont variables, mais utilisent le verbe « nier ».

Néanmoins, les critiques précédemment émises sur l’emploi de ce terme restent valables au regard d’une compréhension contemporaine du propos, et même à l’époque le concept de « nier sans preuve » était attaqué . Puisqu’il ne s’agit en fait pas d’une citation, il n’appartient qu’à nous d’employer les mots les plus justes et les moins trompeurs. D’ailleurs, dans les ouvrages en latin, la locution latine se trouve plutôt dans une forme légèrement différente  :

Quod gratis asseritur, gratis rejicitur.

À « negatur » est substitué « rejicitur », exprimant de manière bien plus explicite et claire la notion de rejeter, de refuser, et non de nier .

À noter aussi que si l’on veut à tout prix citer quelqu’un, on pourra citer Christopher Hitchens, qui a popularisé la maxime dans le monde anglophone au point que l’on la désigne sous le nom de « rasoir d’Hitchens » . Ses termes sont les suivants :

What can be asserted without evidence can also be dismissed without evidence.

Christopher Hitchens

Ici, le mot est « dismiss » ; et bien que certains l’aient traduit par « nier » ou encore « réfuter » , on lui préfèrera les traductions plus justes que sont « rejeter » ou encore « écarter » :

Ce qui peut être affirmé sans preuve peut aussi être rejeté sans preuve.

Ne peut-on vraiment jamais nier sans preuve ?

Certains lecteurs pourront être surpris de me voir ainsi rejeter l’idée de « nier sans preuve ». A priori, cela semble en contradiction avec d’autres discours sur l’esprit critique et la méthode scientifique. En effet, comment alors réellement nier l’existence de quelque chose ? Ce n’est souvent pas prouvable, comme le souligne la maxime anglophone :

You cannot prove a negative.

Soulignons d’abord qu’il n’est alors pas juste question de nier, mais de nier précisément une existence (d’un objet, d’un spécimen, d’un phénomène, d’une relation…), ou autrement dit d’en affirmer l’inexistence. Ensuite, remarquons qu’il n’est toujours pas question d’affirmer ou nier sans preuve, ou du moins sans raison. Nous ne pouvons pas nier l’existence de la brosse à dent d’untel au prétexte de ne jamais en avoir vu trace.

Et pourtant, s’il prétend détenir, littéralement, une poule aux œufs d’or, nous le nierons totalement et sans fard. De même, Bertrand Russel avance l’exemple suivant : doit-on considérer qu’il pourrait tout à fait y avoir une théière en orbite autour du Soleil, entre la Terre et Mars ? Non, clairement pas. Nous n’avons certes pas de preuve directe de cette inexistence au sens strict, aucun un élément observé dont se déduit directement, et avec une grande certitude, l’inexistence de ladite théière. Il faudrait pour cela sonder l’espace en s’assurant qu’elle ne puisse passer inaperçue, c’est inenvisageable. Nous avons cependant de bonnes raisons de considérer que cet objet n’existe pas. Ces raisons sont indirectes : elles concernent moins l’inexistence elle-même que l’improbabilité de l’existence de l’objet. Les implications sont en effet inenvisageables : il aurait fallu que l’objet ait été mis en orbite, ou qu’il ait été ainsi créé sous sa forme de théière par les forces de la nature.

Ce type de raisonnement porte un nom : le rasoir d’Ockham. Lorsque plusieurs hypothèses sont mises en concurrence, il s’agit alors d’en considérer les implications, de mesurer et comparer la plausibilité des hypothèses ad hoc qu’elles imposent, et de considérer comme plus probablement juste l’hypothèse aux implications les moins improbables. Le rasoir d’Ockham ne fournit pas de conclusion absolument certaine. La fiabilité de ses conclusions dépend directement de l’écart entre les plausibilités constatées des diverses hypothèses considérées. Parfois, comme avec la théière de Russell, c’est suffisant pour oser affirmer ; d’autre fois, le rasoir d’Ockham ne fournit rien d’autre qu’une position par défaut pour le moins incertaine. Toujours, de nouvelles données impliquent de réestimer la situation.

À noter que dans certains cas où l’on ne peut attribuer une forte improbabilité à l’existence d’un élément que rien n’invite à supposer, un autre argument d’ordre purement épistémologique implique de considérer l’hypothèse nulle (l’inexistence) comme position par défaut : l’impossibilité quasi-systématique de démontrer l’inexistence, tandis que l’existence peut être relativement aisément montrée, ou du moins indiquée. Du fait de cette asymétrie, on n’ira donc pas raisonner en supposant tout et n’importe quoi au prétexte que l’inexistence n’est pas prouvée. On ne prendra en considération que les instances pour lesquels des indices existent pour les envisager ou les craindre.

Conclusion

Ne parlez pas de « nier sans preuve ». Quand bien même votre pensée serait juste, gardez en tête que vos interlocuteurs risquent de comprendre ces termes autrement, risquant au mieux de rejeter votre propos en apparence irrationnel, au pire d’intégrer des raisonnements invalides. Préférez donc « rejeter » ou « refuser », c’est plus précis et plus clair. De toute manière tout porte à croire que la prétendue citation d’Euclide n’en est pas une.

Ne pas s’octroyer le droit de nier sans preuve n’est qu’une saine démarche. Parce que nier, c’est affirmer la négative, nier sans preuve ne vaut pas mieux qu’affirmer sans preuve ; et il n’est pas question de tolérer un nivellement par le bas où l’on se passerait de preuve au prétexte que « c’est lui qui a commencé ».

Cela n’implique pas que tout puisse être prétendu et doive être considéré comme probable. La négation franche reste possible ; mais à défaut de preuve, elle se fait avec des raisons, telles que l’application du rasoir d’Ockham.

Sources
[1] « Ressources sceptiques : quelques citations », Comité belge pour l’analyse critique des parasciences
[2] « Les (mauvais) arguments dans un débat n°8 : renverser la charge de la preuve », Les Intoxicateurs, 2017
[3] « Quelques réponses… aux "preuves" de l’existence de Dieu », Athéisme : L’homme debout
[4] De l’athéisme envisagé comme une étape !, Nicolas Aljeanbert, 2018, p. 55
[5] La Mort : Vous êtes-vous déjà demandé comment vous allez mourir ?, Audrey Ninon Megoumdjo Koagne, 2015, p. 48
[6] Le Droit de la guerre à l’épreuve du conflit armé en République démocratique du Congo : Quelques réflexions sur les défis, enjeux et perspectives, Providence Ngoy Walupakah et Sandra Muya Miyanga, 2015, p. 161
[7] « LA MINUTE SAPIENS – Ep4 – La preuve », magicjackproduction (Youtube), 2018 (0:46)
[8] « Peut-on prouver l’inexistence de Dieu ? – IRL », M – Gigantoraptor, 2015 (1:52)
[9] Commentaire sur « Le renversement de la charge de la preuve » de La Théière Cosmique
[10] « Petit guide pour savoir différencier une opinion d’une affirmation… », Le Blog Mebene, 2012
[11] « Nier », Larousse
[12] « Nier », L’internaute
[13] « Nier », Sens Agent
[14] « Nier », CNRTL
[15] La preuve et la justice administrative française, Caroline Foulquier, 2013, p. 56
[16] Émancipation d’Églises sous tutelle : essai sur l’ère post-missionnaire, Meinrad Pierre Hebga, 1976, p. 103
[17] « Réfuter », Larousse
[18] « Réfuter », L’internaute
[19] « Réfuter », Sens Agent
[20] « Réfuter », CNRTL
[21] Recherche Google, « "Ce qui est affirmé sans preuve" », résultats antérieurs à 2004
[22] Recherche Google Books, « "Ce qui est affirmé sans preuve" Euclide »
[23] Le Dictionnaire Marabout des Pensées des Auteurs du Monde Entier, Jean de Villers, 1969, citation 1311
[24] Dictionnaire des philosophes antiques, Robert Muller, 2000, vol. 3, pp. 272-277
[25] Die Megariker. Kommentierte Sammlung der Testimonien, Klaus Dörig, 1971, pp. 3-14
[26] Les mégariques. Fragments et témoignages, Robert Muller, 1985, pp. 19-28
[27] Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, Diogène Laëcre, traduction Robert Genaille, 1933, « Euclide (Socrate et ses disciples) »
[28] « Suda On Line Search »
[29] École de Mégare, Désiré Henne, 1843
[30] Recherche Google : « Euclid "denied without evidence" »
[31] Recherche Google : « Euclid "denied without proof" »
[32] Recherche Google : « Euclid "dismissed without evidence" »
[33] Recherche Google : « Euclid "dismissed without proof" »
[34] Recherche Google : « Euclid "rejected without evidence" »
[35] Recherche Google : « Euclid "rejected without proof" »
[36] Quatrième lettre de M. Astruc, médecin consultant du Roi, [et] professeur en médecine au College roial, à monsieur Delaire, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, Jean Astruc, 1737, p. 35
[37] Œuvres de Messire J. Benigne Bossuet, évêque de Meaux, conseiller du roi en ses conseils & ordinaire en son Conseil d’État, Précepteur de Monseigneur Le Dauphin. Tome Quinzième., 1767, p. 25
[38] Discours de M. Leclerc de Beaulieu, député de la Mayenne, dans la discussion du projet de loi de finances de 1827 : prononcé dans la séance du 7 juin 1826, pp. 8-9
[39] Études de théologie, de philosophie et d’histoire, Charles Daniel et Jean Gagarin, 1861, Vol. 3, p. 52
[40] Physiologie catholique et philosophique, Pierre Jean Corneille Debreyne, 1863, p. 58
[41] Totius Theologiae Specimen: Ad Usum Theologiae Candidatorum, Scholastica Methodo compendiose delineatum, Paul de Lyon, 1734, p. 441
[42] Professor Lee’s Hebrew Grammar, Samuel Lee, The Classical Journal, Vol. 40, N° 79, 1829, p. 11 et p. 312
[43] Lettres sur la discipline ecclésiastique par plusieurs desservants du diocèse de Limoges et des diocèses circonvoisins, Jean Baptiste Marouseau, 1841, p. 52
[44] Institutiones logicae et metaphysicae, Matthaeus Liberatore, 1854, p. 40
[45] Dissertatio psychologica-physiologica inauguralis de Motibus quos dicunt reflexos, Lambertus Fredericus Antonius Muller, 1855, p. 28
[46] Encyclopédie théologique, Jacques-Paul Migne, 1858, p. 642
[47] Cours élémentaire et classique de Philosophie, Le Clerc, 1862, p. 161
[48] The Routledge Dictionary of Latin Quotations, Jon R. Stone, 2005, p. 101
[49] « Negatur », Wiktionary
[50] « Nĕgo », Dictionnaire Gaffiot Latin-Français, 1934, p. 1022
[51] « Nego », Wiktionary
[52] Dialogue des morts entre Proudhon et Colins, Adolf Hugentobler, 1867, p. 176
[53] « Rejicitur », Wiktionary
[54] « Rējicio », Dictionnaire Gaffiot Latin-Français, 1934, p. 1335
[55] « Rejicio », Wiktionary
[56] « Reicio », Wiktionary
[57] « Hitchens’s razor », Wikipedia
[58] « Rasoir d’Hitchens », Wikipedia
[59] Morales provisoires, Raphaël Enthoven, 2018
[60] La Friction du temps : Bellow, Nabokov, Hitchens, Travolta, Trump. Essais et reportages 1994-2017, Martin Amis, 2017
[61] « Renverser la charge de la preuve (philosophie) », Wikipédia

7 pensées sur “Nier sans preuve ?”

  1. Bonjour, et merci pour cet article.

    A titre personnel je faisais effectivement usage occasionnel de cette maxime, sans forcément prendre le luxe de citer Euclide, non pas par doute sur l’appartenance de cette citation, mais plutôt car lors de l’emploi d’une expression je ne ressent que très rarement le désir de nommer la personne à qui reviens la primauté.
    En effet si cette « tradition » de cité l’auteur originel à je suppose comme justification première de se montrer humble et à reconnaitre que l’idée ne proviens pas de nous même, il me semble que cela est souvent retourné à l’heure actuelle et qu’il s’agisse au contraire généralement d’une façon bien pédante d’étaler ses connaissances sur la paternité de tel ou tel proverbe, mais ce n’est là que mon avis.
    Pour en revenir à la formulation il me semble en effet que j’utilise généralement le terme « nié », mais lors de son utilisation. En vérité je ne pensais ce mot comme une négation de l’existence de la chose avancée elle-même, mais comme la négation de la pertinence de l’affirmation qui en a été faite, ce qui implique qu’il n’y ai pas de raison de croire.

    Je dis bien « pas de raison de croire » et non pas « raison de ne pas croire »

    Mais comme cela est dit plus haut « la communication n’est pas qu’une question d’expression mais aussi de réception et de compréhension ». Il me semble donc en effet après réflexion que le terme « rejeté » soit plus approprié, je tenterais d’en user à l’avenir.

  2. Plutôt que d’utiliser cette expression toute faite, je préfère encore être plus explicatif en essayant de dire qu’il faut une raison solide d’affirmer telle chose, et que pour d’autres, il est plus raisonnable de penser qu’elle n’existe pas. Cette fameuse expression en elle même n’est pas terrible pour faire comprendre sa signification, je trouve, peu importe sa variante… (mais celles que tu proposes sont intéressantes, après…)

  3. Très intéressant ! Je réalise que précisément dans les cours de zététique que j’avais suivi à Grenoble (et, a priori, dans mes souvenirs, dans les autres formations du CorteX), le propos était donné sous la forme « Ce qui est affirmé sans preuve peut être rejeté sans preuve. » et pas forcément attribué à Euclide. C’est une reformulation de la charge de la preuve tout simplement.

  4. C’est extrêmement bien dit.
    Ce genre de nuance pourrait effectivement bien plus nuire à celui qui la prononce (même avec raison) qu’à celui à qui elle est destinée. L’hypothèse nulle reste la position de préférence ; et même lorsqu’il y a de très bonnes raison de penser qu’une chose est improbable, la réfutation doit être mesurée.

    Un bon exemple.
    Il y a dix ans, lorsqu’un ami m’a affirmé de façon certaine que Coluche avait été assassiné (car pour lui cela était une évidence absolue), j’ai trouvé ça étrange mais par précaution, et n’ayant aucun élément pour discuter, j’ai préféré rester sceptique. Après m’être renseigné, j’ai alors découvert des éléments incohérents et l’absence de preuve suffisante ; il était donc bien plus probable qu’un homme soit mort d’un accident de moto à Paris, que supposer qu’il ait été assassiné pour d’obscures raisons, auxquelles on pourrait opposer qu’il aurait été préférable que le comique reste en vie pour divertir le peuple et lui faire oublier ses tracas quotidiens, ou qu’il aurait été plus facile de le démolir publiquement et le pousser au suicide, vu ses antécédents et sa fragilité émotionnelle, que l’assassiner sur la route.

  5. Excellent article très éclairant! Et merci (et bravo) pour les recherches que vous avez fait sur l’origine de la citation.
    J’ajouterais en complément mineur : dans un usage dans le cadre du droit (ce qui semble avoir été son usage pendant longtemps), le mot « nier » a toute sa place : quelqu’un vous accuse sans preuve ou fait valoir un droit sans preuve, alors on peut (il faut) effectivement effectivement « nier » sans preuve. Il ne s’agit pas ici d’affirmer quoi que ce soit mais de nier, en droit, tout effet d’une affirmation sans preuve. Sorti du cadre strict et restreint des tribunaux et des études de juristes, je suis tout à fait d’accord avec vous!

    1. Effectivement, dans ce cadre, « nier » revêt un autre sens. En revanche, si j’ai certes trouvé prétendu que la formule trouvait son origine dans le droit, je n’ai trouvé aucune source n’étayant ce propos.

  6. « Ce qui est affirmé sans preuve n’est pas une preuve »,quoi. C’est juste que c’est tellement évident que c’est embarrassant à expliquer. ^ ^

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