Ces nuages derrière le soleil

Les argumentaires en faveur de la Terre plate regorgent de petites curiosités. Si régulièrement ce qui intrigue est l’incompréhension de l’auteur ou en quoi l’argument est-il censé en être un, on tombe parfois sur des phénomènes surprenants ou auxquels on n’avait jamais vraiment fait attention. Parmi eux, un ensemble de clichés sur lesquels on voit les nuages passer derrière le soleil, et dont certains déduisent que l’astre n’est finalement pas si loin.

Notez toutefois l’emphase, car évidemment il s’agit en fait de ce que l’on peut voir sur ces images, mais absolument pas de la réalité photographiée. Pourquoi donc ces clichés nous montrent-ils cela ? En quoi est-ce même totalement attendu, même avec un soleil loin, loin derrière les nuages ?

Pour le comprendre, nous n’avons pas besoin de modéliser l’intégralité des phénomènes dictant le parcours de la lumière à travers l’atmosphère. Nous simplifierons donc en négligeant réflexion, réfraction, diffraction… et travaillerons même en noir et blanc.

À travers les nuages

Un nuage, ou un bout de nuage, est plus ou moins opaque. On peut caractériser cela par une opacité α comprise entre 0 et 1. Une opacité de α = 0 correspond à une absence de nuage : l’intégralité de la lumière passe. A contrario, α = 1 correspondrait à un objet ou un nuage complètement opaque : rien ne passe. Enfin, si par exemple α = 0,5, alors le nuage est partiellement transparent et laisse passer la moitié de la lumière.

Sur notre image donc, on verra une densité plus ou moins élevée de nuages, avec ainsi une opacité plus ou moins importante, laissant passer plus ou moins de lumière. Je vais supposer pour l’exemple que l’on a des nuages parfaitement horizontaux avec le profil d’opacité suivant :

Si on appelle L0 la luminosité que l’on devrait recevoir en l’absence de lumière, alors la luminosité effectivement reçue L s’écrit : L = L0  · (1 - α)

Voilà donc ce que l’on obtient avec la luminosité provenant de l’atmosphère derrière nos nuages, en l’absence de soleil :

Coup de soleil

Avec le soleil, c’est la même chose, avec une luminosité de départ L0 bien plus grande… Sauf que l’on ne va pas avoir une image plus blanche que blanche ! À partir d’une certaine luminosité, ça sature. Un appareil photo numérique typiquement enregistrera un chiffre correspondant à la luminosité maximale qu’il peut mesurer (avec les réglages utilisés lors de la photo). Dans le jargon, on dit que la photo est “cramée”.

Résultat, si au profile de luminosité précédent j’ajoute en rouge ce que l’on obtient avec le soleil, ça donne ça :

Vous remarquerez que la saturation donne lieu à un plateau qui cache un des nuages.

Ainsi, nul besoin que le soleil soit devant des nuages pour obtenir de telles images. Ce n’est pas le soleil qui cache ces nuages, mais la saturation de la luminosité sur la photo.

Code MATLAB
% Quelques variables
d = .001;     % Résolution
maxopa = .8;  % Opacité maximale des nuages
sky = 1.5;    % Luminosité du ciel
sun = 3;      % Luminosité du soleil
sat = 2.1;    % Luminosité de saturation

% Définition d'un profile d'opacité
opa = [ones(1,7) 1.1 2.2 2.2 3.4 1.1 0 0 1 4 5 6 5 4 4 5 4 2 1 ones(1,7)];
opa = interp1(opa,1:d*(length(opa)-1):length(opa),'spline');
opa = opa.^2;
opa = (maxopa/max(opa)) *opa;

% Coordonnées de l'image.
x = 0:d:2; y = (0:d:1)';

% Ciel (luminosité)
L = sky *ones(length(y),length(x));
% Soleil (luminosité)
L( (x-x(end)/2).^2 + (y-y(end)/2).^2 < .35.^2 ) = sun;
% Nuages (opacité)
L = L.*(1-opa)';
% Saturation
L = min( L ,sat);

% Tracé du profile d'opacité
subplot(1,6,1);
a = cla; hold on; a.YDir = 'reverse'; yticks([]);
plot(opa, y,'Color',[0 .4863 .7255])
xlabel('Opacité')

% Tracé du profile de luminosité
subplot(1,6,2);
a = cla; hold on; a.YDir = 'reverse'; yticks([]);
plot( sky*(1-opa) , y ,'Color',[0 .4863 .7255])
plot( sun*(1-opa) , y ,':','Color',[.8863 0 .2863])
plot( min( sun*(1-opa) ,sat) , y ,'Color',[.8863 0 .2863])
xlabel('Luminosité')
xticks([0 sat])
xticklabels({0,'Saturation'})
xlim([0 sun+sky*(1-maxopa)])

% Tracé de l'image
subplot(1,6,3:6);
a = cla; hold on; a.YDir = 'reverse'; yticks([]); xticks([]);
L(:,1)=sat;L(1)=0;
colormap gray
surf(x,y,L,'EdgeColor','None');
view(2);

4 pensées sur “Ces nuages derrière le soleil”

  1. Bonjour,
    J’expliquais récemment lors qu’un débat informel sur l’argument d’autorité cette façon de faire.
    Si l’on veut sur internet convaincre sur un sujet très controversé, il est contre productif d’aborder en premier le sujet controversé et de ce concentrer uniquement sur celui là. Il est plus malin de se construire une autorité en s’attaquant d’abord à quelques absurdités (eg l’idée que la terre serait plate) pour conduire le lecteur à faire confiance au site. Ensuite il est facile de faire passer un sujet beaucoup plus controversé (sur ce site le glyphosate) pour quelque chose faisant consensus.
    Ce site fourni un parfait exemple de construction d’une pseudo-autorité scientifique pour en abuser ensuite.
    Le problème est que beaucoup semblent ce laisser avoir.
    Cordialement,

    1. Merci de votre commentaire, illustratif d’une pensée cyclique poussée à l’extrême, fondée sur vos certitudes sur les sujets en question, gonflée de procès d’intention, et vous poussant à interpréter n’importe quel action de ma part comme au service d’un propos précis. Néanmoins :

      1. Je fournis dans les articles en question arguments et sources. Il n’est pas besoin de me faire confiance, et je ne veux pas que l’on se contente de me faire confiance. Il est attendu du lecteur qu’il considère les raisonnements exposés ainsi que les sources, pour lesquelles j’ai spécialement créé un système favorisant leur accès. C’est d’ailleurs de ce contenu qu’il convient de discuter si vous avez un problème avec des articles. Vous avez des arguments sur le fond ? Allez-y, les commentaires sont ouverts. En revanche, les accusations bourrées de préjugés n’ont pas leur place ici.
      2. Si j’avais vraiment pour but de manipuler les lecteurs en obtenant leur confiance, j’aurai donné des informations réelles ou non sur ma personne dans une section “à propos”. Je ne les aurai pas laissés en face d’un anonymat total, souvent invoqué comme prétendue preuve de ma malhonnêteté. Seulement voilà, ce blog veut lutter contre les biais et raisonnements fallacieux. Je ne vais donc pas aider le lecteur à commettre des raisonnements ad hominem bancals, même en ma faveur ! Comme je l’ai dit, je ne veux pas que l’on se contente de me faire confiance.
      3. Si je pratiquais réellement la stratégie que vous me prêtez, je n’aurai certainement pas sorti vers les débuts du blog 3 gros articles en 1 an suivis d’un passage chez la Tronche en Biais, sans aborder aucun autre sujet ici pendant 22 mois.
      4. Si j’étais dans la manipulation de mon image, je ne laisserai probablement pas non plus passer les critiques de cet ordre. Je pourrai d’ailleurs simplement faire comme bien des blogs et ne pas mettre de section ”commentaires”. J’ai pour principe de laisser toutes les critiques sur le fond tant qu’elles ne relèvent pas de l’agression verbale (injures) et ne sont pas complètement hors-sujet, ainsi que les accusations (même insultantes) sur ma personne tant qu’elles ne sont pas répétées à l’excès sans pourtant apporter le moindre argument. (Je supprime alors ces répétitions, en tentant dans la mesure du possible de laisser les critiques premières.)
  2. Merci pour votre réponse non moins « illustratif d’une pensée cyclique poussée à l’extrême, fondée sur vos certitudes sur les sujets en question, gonflée de procès d’intention, et vous poussant à interpréter n’importe quel action de ma part comme au service d’un propos précis. »

    Cependant, sur certains points je reste dubitatif :

    1. De par son nom et les deux premiers articles publiés, vous vous considérez comme une sorte de « hoaxbuster » scientifique. Dans ce cas les 2 articles « Quel T-shirt en plein cagnard ? » et “Ces nuages derrière le soleil” sont clairement inutiles (sérieusement, qui croit que la terre est plate) et pour le 2nd, copié-collé du web anglophone. Quel est l’intérêt de ces articles ?

    2. En plus des articles précédemment cités, il y a un papier méthodo « Liens : Critiquer un site sans le soutenir » intéressant mais encore une fois hors de l’objectif affiché (oui je dis bien affiché, en prévision de votre réponse) de cette page. Une fois toute cette décoration retiré il ne reste que trois articles « de fond », chacun s’attaquant a un organisme ou une personne opposés aux OGM et au Glyphosate. Pourquoi être ainsi obsédé ?

    3. Vous devriez faire une analyse de vos propres articles tellement ils regorgent d’erreur logiques. Par exemple dans votre article contre génération future (GF) vous faites comme si leur étude avait une prétention scientifique, alors qu’elle n’est pas présenté comme telle par GF, pour ensuite attaquer GF sur leur prétention scientifiques (qu’ils
    n’ont pas). De plus votre illustration (GF pissant sur les faits) et votre titre vont plus loin que ce que vos arguments peuvent vous permettre de dire.

    4. pour répondre à vos points : 1) oui mais la majorité de vos lecteurs n’iront pas se coltiner la lecture d’une dizaine d’articles scientifiques pour se faire une opinion, donc ils seront tenté de vous croire. 2) Je respecte votre volonté d’anonymat, mais n’utilisez pas ça comme un argument en votre faveur. Si donniez une identité, vraie ou fausse, ce serait vérifiable et l’on pourrait déterminer les limites de votre expertise. Ce ne serait donc pas un avantage pour convaincre le lecteur. 3) Pourquoi ? là je ne comprend pas votre argument. 4) C’est tout à votre honneur de laisser la place à la discussion. Que ce soit bien clair, je n’ai pas dit que vous êtes un lobbiste, vous êtes certainement convaincu de ce que vous dites et vous avez envi de me convaincre aussi. Tout ce que je dis c’est que votre site correspond a ce qu’il faudrait faire pour endormir la méfiance du visiteur (et j’ai pu voir que ça marchait).

    1. 1. ▾

      L’article “Quel T-shirt en plein cagnard ?” a clairement été écrit en support d’une vidéo de Scilabus à laquelle j’ai participé en produisant les calculs et l’outil MATLAB présentés. Cette participation faisait suite à la relecture, correction et complétion du script initial dans le cadre des plateformes de peer-reviewing mises à disposition des vulgarisateurs.

      L’article “Ces nuages derrière le soleil” fait lui suite à une question sur le groupe Facebook Station des Sciences. Son but n’est pas de s’attaquer à la thèse de la Terre plate (en laquelle certains croient, quoi que vous en pensiez), mais d’expliquer le phénomène discuté, qui manifestement peut intriguer sans pour autant croire que la Terre est plate.

      À noter qu’aucun de ces articles n’est un “copié-collé du web anglophone” (même s’il n’est pas improbable que d’autres aient expliqué les mêmes choses), et qu’ils s’accompagnent tous deux d’un programme MATLAB dont je suis l’auteur.

      2. ▾

      Contrairement à ce que vous prétendez, l’article “Liens : Critiquer un site sans le soutenir” s’inscrit tout à fait dans les positions et objectifs affichés de ce blog, et notamment dans la militance sceptique abordée dans mon deuxième article. Il s’agit en effet d’expliquer comment “fournir des liens vers les propos que l’on critique” sans “booster ces pages web que l’on voudrait justement voir disparaître du paysage internet”. Je peine à voir comment vous pouvez seulement osez prétendre que cet article serait “hors de l’objectif affiché […] de cette page

      Et oui, restent trois articles évoquant le sujet des OGM et du glyphosate. Pourquoi ? J’ai donné cette réponse dans un autre commentaire :

      “Au bout d’un moment, fasciné par les mécanismes de la croyance et d’expansion des argumentaires fallacieux ou mensongers, j’ai jeté un œil au débat sur les OGM, puis par extension sur les pesticides. Je savais que j’y trouverai beaucoup de matériel. Je ne m’attendais néanmoins pas à ce que la qualité des argumentaires soit si déséquilibré. Là encore, le sujet est intéressant. Mais aussi là encore, les impacts tant humains qu’écologiques, couplés à une connaissance chaque fois grandissante du sujet, imposent une certaine notion de devoir. Il ne serait pas moral de ne pas agir.”

      J’ai fourni les mêmes explications lors de mon passage chez la Tronche en Biais.

      Une part des éléments justifiant cette position, les impacts, sont abordés dans les articles et dans la vidéo en question.

      3. ▾

      Vous êtes invité à faire démonstration des “erreurs logiques” dont “regorgeraient” mes articles sous les articles en question. Dans le cas de l’article sur le rapport de Générations Futures, je ne fais pas comme si leur étude avait une “prétention scientifique”, et n’en ai absolument pas besoin. Ce que je reproche sont la contextualisation inquiétante mais non pertinente des résultats (comparaison à un seuil pour l’eau potable administratif et non sanitaire), la répétition anxiogène d’un classement de cancérogénicité à la pertinence douteuse, le caractère rassurant mais ignoré des résultats au regard de la DJA. Ces erreurs ne s’effacent pas sous prétexte de l’association ne prétende pas à une qualité scientifique. Il ne suffit pas de ne pas prétendre faire de la science pour avoir le droit de faire n’importe quoi.

      Pour le titre, “Chiffres rassurants, rapport flippant”, il est parfaitement justifié dans l’article, tant pour le “chiffres rassurants” (calcul des doses consommées et comparaison à la DJA, non-pertinence du classement du CIRC) que pour le “rapport flippant” (comparaison à des seuils non pertinents, répétition du classement du CIRC). Un désaccord ? La section commentaire de l’article est faite pour ça ! La vignette, elle, reprend l’illustration du rapport de l’association.

      4. ▾

      1. Que des lecteurs me fassent confiance ne vous permet pas d’affirmer que je chercherai à exploiter cette confiance alors que je rends au contraire mes propos plus faciles à vérifier.
      2. Ne pas être anonyme m’aiderait en ce que l’anonymat est souvent perçu comme douteux en soi. De plus, à défaut de fournir une identité, j’aurai au moins pu fournir ou prétendre à une profession. Au sujet des limites de mon expertise, j’ai clairement dit lors de mon passage chez la Tronche en Biais n’avoir “aucun lien professionnel avec les sujets qu’on va aborder” et n’être “pas spécialiste de l’agroalimentaire”. Ainsi, je m’impose l’aspect douteux de mon anonymat et l’impossibilité pour autrui de vérifier mon absence de contact avec l’industrie concernée, tout en affirmant ne pas être expert. Voyez-vous, je combine plutôt les sources d’ad hominem en ma défaveur.

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