Greenpeace & Glyphosate : La comm’ avant les faits

Pourquoi convaincre quand on peut manipuler ?

Début décembre 2016, Greenpeace Belgique a lancé sa nouvelle campagne . Dans la lignée de la campagne française contre Leclerc, que ce soit pour appliquer une stratégie type “diviser pour régner”, ou à la recherche de victoires faciles pour justifier des demandes de dons, Greenpeace s’attaque à une enseigne, Brico, à qui elle reproche de vendre du glyphosate. Après tout, il est probablement plus facile de faire plier un magasin que de convaincre les gouvernements : il suffit d’embrigader le consommateur, ou au moins faire croire qu’on y arrivera. Si elle ne veut pas risquer de perdre sa clientèle, l’enseigne devra agir, et qu’importe si les actions qu’elle doit prendre sont vraiment justifiées ou non.

Ce qu’il faut donc, c’est motiver le grand public ; et pour cela, Greenpeace frappe au paroxysme de l’imagerie manipulatrice. Il ne s’agit pas de convaincre, seulement de manipuler. Et pour ça, quoi de mieux que de jouer sur les sentiments ? On commence donc par ce qu’il y a de plus innocent, de plus cher et de plus fragile aux yeux de beaucoup : un bébé. On continue avec une menace gratuite, violente, sans concession et à l’indiscutable efficacité meurtrière : un flingue sur la tempe. Remplacez le flingue par un vaporisateur de glyphosate, brandi de la même manière, et vous avez votre affiche. Le glyphosate, rendu arme meurtrière, implacable, qui menace et tuera le bambin innocent. Le message est fort, la communication est efficace, sa cible sera touchée, attristée, horrifiée, révoltée par la perspective d’une mort annoncée et si injuste.

Affiche de campagne de Greenpeace Belgique

En revanche pour l’honnêteté on repassera.

Entendons-nous bien, l’appel aux émotions pour des affiches militantes cherchant à provoquer la réaction et l’action du public, ça n’a rien de choquant en soi. Ça se tient lorsqu’il s’agit de raviver chez le badaud ses préférences éthiques préexistantes, si éloignées de certaines réalités : lui rappeler comme il trouve triste la disparition d’animaux au profit du confort des humains, ou la destruction de paysages parce que l’on est trop flemmard et trop con pour ramasser ses déchets, ou encore les ravages de la pauvreté et de la famine qui frappent de plein fouet certaines régions africaines…

Le problème ici, c’est que Greenpeace ne se contente pas de raviver des sentiments existant déjà à juste titre sur le sujet en question : elle en forge un. En effet, la symbolique employée porte une violence sans commune mesure avec les dangers prétendus du glyphosate, accusé d’engendrer des cancers. Sur l’affiche, au lieu d’une frappe aléatoire, on a un geste dirigé. En lieu d’une maladie certes horrible et potentiellement mortelle, on a la mort nette et assurée. Et en victime, on a un bébé… et là encore on peut se demander si un tel choix n’est pas plus justifié par l’impact sur le lecteur que par les faits.

Déjà, ce n’est pas franchement la population la plus exposée. Je ne sais pas comment les membres de Greenpeace gèrent leur parentalité, mais on ne demande pas au bébé de désherber les allées, et on ne le laisse pas se délecter des plantes fraîchement traitées.

Plus sérieusement, Greenpeace avance la contamination des eaux, qui concerne tout le monde. Sauf que voilà : à ce qu’on en sait, les bébés ne restent pas tant concernés, a fortiori comparés aux autres populations. Tout d’abord, les bébés et enfants sont bien moins sujets aux cancers que le reste de la population. De 2008 à 2012, aux États-Unis, on comptait en moyenne chaque année 16,2 nouveaux cancers diagnostiqués pour 100 000 enfants de 0 à 14 ans . Ce chiffre est à comparer à 461,9 diagnostics pour 100 000 individus sur l’ensemble de la population américaine . Et puisque c’est à la mort que fait référence l’affiche de Greenpeace, autant préciser que les enfants survivent plus aux cancers que les adultes. Ainsi, si aux États-Unis de 2008 à 2012, le taux annuel de décès par cancer s’élevait à 171,2 pour 100 000 individus , ce chiffre chute à 2,2 pour 100 000 si l’on ne considère que les 0-14 ans . Par ailleurs, il semble que les facteurs environnementaux (la cancérogénicité des produits courants donc) n’aient qu’un impact mineur sur l’occurrence des cancers chez l’enfant (0-14 ans) .

Par contre, c’est sûr, un bébé pour une telle affiche, c’est efficace : ça touche, et ça place les individus dans un précautionnisme primant sur la rationalité (les enfants étant si précieux et souvent si fragiles). Combien de fois ai-je entendu, alors que je défendais, données à l’appui, l’innocuité de tel ou tel produit : “Mais tu donnerais ça à tes enfants ?”

En bref, l’imagerie ne colle absolument pas à la situation, ni même aux accusations en fait. Une telle imagerie peut s’appliquer pareillement à un peu n’importe quoi. Moi aussi je peux le faire !

Il convient toutefois de modérer le propos. On pourrait défendre une lecture allégorique de l’affiche. Le bébé serait alors à prendre comme un symbole, incarnant le futur de l’humanité, voire par extension de la planète. Ainsi, ce serait ce futur que menacerait le glyphosate, et non réellement le bambin lui-même.

On peut donc supposer que Greenpeace Belgique n’a pas sciemment décidé d’exploiter un appel aux émotions dans le but de manipuler le public. Néanmoins, le problème persiste. Recherchés ou non, les sentiments en question s’imposeront à une part du public, qui ne verra pas forcément l’enfant comme un symbole, ou continuera à y voir aussi un enfant en tant que tel. Et la désignation explicite du glyphosate comme une “arme” n’aide en rien, bien au contraire : des armes ciblent des individus, mais difficilement un futur.

Quoi qu’il en soit, qu’elle se veuille symbolique ou volontairement manipulatrice, cette affiche n’est finalement que de la comm’, sans information, sans arguments.

Les arguments ? Heu…

Mais ailleurs, des arguments, il doit bien y en avoir, non ? Ben pas tant que ça, et ils sont franchement discutables. Lorsque l’on se rend sur la page de la campagne , on se dit que si Greenpeace a bien rôdé sa communication, ils semblent avoir jugé bien moins important de correctement justifier leur position. En gros, niveau faits, l’argumentaire se résume à ces deux phrases :

Les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé ont classifié le glyphosate dans la catégorie des “cancérogènes probables” pour l’homme. La nocivité de cette substance pour l’environnement a par ailleurs également été prouvée.

Greenpeace Belgique

Le glyphosate, “cancérogène probable” selon l’OMS ?

Remarquons déjà que dire que ce classement du glyphosate comme “cancérogène probable” serait issu “des experts de l’Organisation Mondiale de la Santé” n’est pas tout à fait juste. Greenpeace est bien plus précise hors texte, en illustration du propos :

Le fait que cette classification émane du CIRC, et non juste “de l’OMS” n’est pas sans importance. Le CIRC n’est pas un organisme d’analyse des risques. Les classifications qu’il établit n’impliquent pas forcément l’existence d’un danger pour la population. Elles ne prennent en compte ni les doses en jeu, ni les quantités auxquelles les individus sont exposés, ni les voies d’exposition .

Nous ne faisons pas de l’évaluation des risques mais de l’identification des risques. Notre avis ne dit pas si la population générale court un risque du fait de telle ou telle substance, cela c’est le travail des agences de sécurité sanitaire.

CIRC

En réalité, le CIRC sert plutôt de guide pour savoir sur quels éléments ces questions de risques pratiques doivent être posées ou approfondies, et ce sont alors à d’autres organismes de prendre le relais. En ce sens, la communication des diverses classifications du CIRC a largement été critiquée parce qu’elle confondait et effrayait inutilement le public .

Bref : si l’on veut savoir s’il faut avoir peur du glyphosate, ce n’est pas aux classements du CIRC qu’il faut se référer. Celui-ci ne prétend pas répondre à cette question.

En revanche, divers organismes de régulation ou d’analyse de risques ont conclu à l’absence ou l’improbabilité d’un risque cancérogène lié au glyphosate, au moins aux niveaux d’exposition envisageables en tant que consommateur. Parmi eux : l’Agence de Protection Environnementale des États-Unis (US EPA : US Environmental Protection Agency) en 1991 (conclusion réaffirmée en 2013 ), l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) fin 2013 , l’EFSA en 2015 , l’Agence de Réglementation de la Lutte Antiparasitaire de Santé Canada (Health Canada Pest Management Regulatory Agency) en 2015 , l’Autorité de Protection Environnementale de Nouvelle Zélande (NZ EPA : New Zealand Environmental Protection Authority) en 2016 .

Et puisque Greenpeace Belgique veut s’en remettre à l’OMS, eh bien il s’avère que suite aux conclusions du CIRC quant au glyphosate, l’OMS et la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) ont conjointement ré-analysé la question, et publié un pré-rapport à la mi-mai 2016 . Ce travail se fonde sur les sources utilisées par le CIRC, étendues des études pertinentes publiées depuis , et prend aussi en considération les produits de dégradations du glyphosate ainsi que ses coformulants .

L’OMS et la FAO remarquent d’abord que, comme le reconnaissait le CIRC , les indications d’une cancérogénicité pour l’homme sont limitées. En effet, on trouve des signes de corrélation entre glyphosate et lymphomes non hodgkiniens dans les études cas-témoins et les méta-analyses. En revanche, la seule grande étude de cohorte de grande qualité sur la question ne révélait rien de tel . Et soulignons qu’une corrélation est loin de démontrer un lien de cause à effet !

L’OMS et la FAO rappellent aussi que les éventuels effets génotoxiques du glyphosate ont largement été étudiés lors d’essais animaux . Par voie orale, il apparaît qu’il n’est pas cancérogène pour le rat, et que si jamais il l’est pour la souris, c’est alors à très haute dose.

Ainsi, ils concluent :

VO/VF

In view of the absence of carcinogenic potential in rodents at human-relevant doses and the absence of genotoxicity by the oral route in mammals, and considering the epidemiological evidence from occupational exposures, the Meeting concluded that glyphosate is unlikely to pose a carcinogenic risk to humans from exposure through the diet.

Compte tenu de l’absence de potentiel cancérogène chez les rongeurs aux doses pertinentes quant aux humains et de l’absence de génotoxicité par voie orale chez les mammifères, et en considérant les preuves épidémiologiques issues des expositions occupationnelles, l’Assemblée a conclu qu’il était improbable que le glyphosate représente un risque cancérogènes pour les humains via l’exposition par l’alimentation.

Ainsi, en tant que consommateur, il n’y a aucune raison de s’inquiéter de la “cancérogénicité probable” du glyphosate (qui est d’ailleurs sujette à débat ). (Et puisqu’on ne demande pas à bébé de désherber, bébé n’est pas concerné.)

Une nocivité pour l’environnement prouvée, disent-ils

Prouvée par quoi ? On ne sait pas trop. Tout ce que l’on a (et on va commencer par là), c’est cette citation :

Sauf que quand on a dit ça, on n’a pas dit grand-chose. On ne dit même pas que le glyphosate est le pesticide retrouvé en plus grandes quantités (bien que ce soit effectivement le cas), et encore moins qu’il est particulièrement toxique pour l’homme ou néfaste pour l’environnement !

Pour savoir plus, il faut aller chercher à la source. Greenpeace ne nous aide pas, se contentant de citer “Le Monde”, sans même prendre la peine de préciser l’article. Et une fois l’article trouvé, on découvre que ce dernier ne fournit aucune source pour ce propos  ! Je me demande toujours comment le journalisme peut considérer comme optionnel de fournir les sources pour de tels propos, mais le résultat est là : il faut donc se débrouiller par soi-même.

Du point de vue environnemental, on découvre alors que dans les eaux de France métropolitaine, en 2013, le glyphosate et l’AMPA (son principal produit de dégradation, pouvant aussi provenir d’autres produits comme d’agents anti-tartre industriels) étaient effectivement les produits pesticides les plus souvent trouvés, et ce de surcroît dans les plus grandes quantités . Toutefois, cette information n’est pas particulièrement pertinente, puisqu’elle ne prend pas en compte l’écotoxicité des produits. En effet, le glyphosate et l’AMPA sont loin d’être les produits pesticides les plus problématiques pour l’environnement, posant surtout problème au niveau des amphibiens (notamment avec les adjuvants classiquement ajoutés au glyphosate dans les herbicides sur le marché) . Résultat, dans les cours d’eau français en 2013, on n’a observé aucun dépassement des seuils d’écotoxicité avec le glyphosate ou l’AMPA (contrairement à d’autres pesticides comme l’isoproturon, herbicide sélectif autorisé) .

Ceci est un robinet.

Pour ce qui est du “déclassement des points de captage d’eau potable”, impossible de trouver une source en ce sens. A contrario, les bilans sur la qualité de l’eau au robinet issus du Ministère de la Santé vont dans un sens bien différent . Ces rapports distinguent trois types de non-conformité : NC0, NC1 et NC2. (Voir encart déroulant en fin d’article pour plus de détails.) Aucun n’implique de risque sanitaire, excepté NC2 si maintenu sur le long terme. Les pesticides et leurs produits de dégradation responsables des situations NC1 et NC2 sont recensés. Résultats ? Sur la période 2012-2014, le glyphosate et l’AMPA sont responsables de 2,7 à 3,1 % de ces situations. Cela place le glyphosate en 6e position des pesticides responsables de telles situations, loin, très loin derrière l’atrazine, responsable avec ses produits de dégradation de la grande majorité des situations de NC1 ou NC2 (59,5 à 73,5 %). Derrière : les métolachlores (métolachlore et S-métolachlore) responsables ensemble d’au moins 6,9 % des cas, le bentazone responsable de 3,42 % des cas. (Voir tableau en fin d’article.) (Et précisons qu’encore une fois, la pertinence de ces chiffres est discutable. NC1 signifie qu’au moins une substance pesticide dépasse une limite fixée à 0,1 µg/L (identique pour toute substance, sauf exception) ou que l’ensemble des substances se trouvent au total à 0,5 µg/L, et ce sur au moins 30 jours cumulés dans l’année. Il n’y a donc pas de prise en compte de la toxicité des substances.)

Ceci n'est pas un robinet.

D’où sort donc l’affirmation citée par Greenpeace Belgique ? J’ai contacté le journaliste sur cette question. Réponse : un rapport de l’OPECST de 2010 . Problème : dans les sections concernées ce rapport ne parle absolument pas d’eau potable mais de l’état des cours d’eaux d’un point de vue environnemental . La partie “point de captage d’eau potable” est ajoutée par le journaliste, résultant probablement d’une lecture biaisée. À ce sujet, on remarquera d’ailleurs que le rapport mentionne explicitement l’intérêt des OGM résistants au glyphosate car permettant de réduire l’écotoxicité des traitements herbicides en utilisant le glyphosate à la place d’autres herbicides plus problématiques . Suite aux échanges avec le journaliste, on m’a annoncé que l’article du Monde serait corrigé le 2 janvier 2016  ; il ne l’était pas une semaine plus tard. Et quoi qu’il en soit, l’“information” aura fait son chemin. il ne l’a été qu’une semaine plus tard, par le biais d’un rectificatif mis un bout d’article et planqué (sûrement involontairement) derrière un encart . Le texte erroné demeure, le lecteur inattentif pourra ne pas voir le correctif, et surtout, quoi qu’il en soit, l’“information” aura fait son chemin.

Une cible mal choisie ?

Où sont vraiment les fameuses preuves mentionnées par Greenpeace ? Où sont ces données qui montrent que le glyphosate, c’est le mal et il faut l’interdire, et qui justifient l’acharnement d’associations “écologistes” sur cette molécule (plus qu’une autre) ? Parce que tout ce que je trouve sur la page web de la campagne, c’est l’illustration d’une lecture lacunaire et/ou extrêmement biaisée des données.

En réalité, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental, le glyphosate ne s’en sort pas mal. Évidemment, on ne va pas dire que le glyphosate est un produit aussi anodin que l’eau minérale ; mais la comparaison avec les autres pesticides lui est favorable.

Sur le plan sanitaire, parmi tous les pesticides à l’origine de non-conformités NC1 ou NC2 dans l’eau potable de France métropolitaine de 2012 à 2014, le glyphosate est celui avec la plus haute dose journalière admissible (DJA) . (La DJA est la quantité quotidienne de substance qu’un individu peut ingérer sans risque pour la santé : moins le produit est toxique, plus elle est élevée.) Certains herbicides autorisés, retrouvés dans les eaux potables, ont une DJA plus de 50 fois plus basse. D’ailleurs, lorsque l’Organisation Mondiale de la Santé a fixé des concentrations maximales typiques pour divers pesticides, à utiliser dans les réglementations sur l’eau potable, elle a jugé inutile de fixer une valeur pour le glyphosate et l’AMPA car ces derniers “surviennent dans l’eau de boisson à des concentrations bien en dessous de celles préoccupantes pour la santé” . (Voir tableau en fin d’article.)

“Quantités” et “dangers” : pas franchement la même chose
Photographies de Bartlomiej Mostek et Kevin Pluck (modifiées)

Sur le plan environnemental, parmi les 11 pesticides (avec leurs produits de dégradation) les plus retrouvés dans les cours d’eau français , le glyphosate se classe deuxième en termes des seuils d’écotoxicité les plus élevés (ce qui correspond aux écotoxicités les plus basses) . Seul le bentazone, un herbicide sélectif, fait mieux. Derrière, des herbicides autorisés sont plus mauvais d’un facteur 100 voire 1000. Et si l’on regarde les concentrations moyennes de pesticides trouvés et qu’on les compare aux concentrations susceptibles d’impacter les écosystèmes , le glyphosate se retrouve encore une fois parmi les grands gagnants. Il est très loin d’inquiéter, avec une concentration moyenne 300 fois inférieure à son PNEC (Predicted No Effect Concentration, c’est-à-dire la concentration en dessous de laquelle on ne craint pas d’impacter des écosystèmes). À part le bentazone, les autres pesticides ne s’en sortent pas si bien. Les métazachlore atteint 89,5 % de son PNEC. Le chlortoluron, 28 %. Tous deux sont des herbicides autorisés en Europe et en France . (Voir tableau en fin d’article.)

La voilà donc la réalité, celle qui ressort lorsque l’on se penche réellement sur les chiffres, plutôt que de se jeter sur un bouc-émissaire désigné pour son succès et son créateur : le glyphosate est un des herbicides les moins toxiques et écotoxiques, et la différence est parfois considérable. Et contrairement au bentazone (qui parvient à faire mieux), le glyphosate est un herbicide total : il cible toutes les plantes. C’est pour ça que l’OPECST remarque que les OGM résistants au glyphosate peuvent permettre de réduire l’impact écologique des herbicides utilisés dans la production agricole , et ce conformément aux conclusions que tirait précédemment l’INRA . Cibler le glyphosate parce qu’il n’est pas parfait est une aberration lorsque l’on voit ce qu’il permet d’éviter.

Mais voilà : dans sa campagne, Greenpeace Belgique ne cherche même pas à proprement justifier son propos, et prend encore moins la peine de vérifier la validité et la pertinence de ses quelques sources. Peut-être l’ONG aurait-elle réalisé une erreur dans son choix de cible. Mais non. Plutôt que d’argumenter, elle se contente de manipuler, par l’emploi d’une imagerie fort déplacée. Ce n’est d’ailleurs pas faute de le lui avoir fait remarquer sur sa page Facebook. Sur les posts liés à cette campagne, plusieurs internautes ont émis des critiques quant aux méthodes employées ou aux réalités concernant le glyphosate. La réponse ? Aucune. Les commentaires ont tout simplement disparu des yeux de quiconque n’est pas déjà ami avec leurs auteurs .

Bref. La prochaine fois que vous voyez un enfant sur une campagne de communication, demandez-vous ce qu’il fout là. Si la réponse est “rien”, envisagez qu’on tente de vous manipuler.

À propos des données des tableaux…


“Pesticides à l’origine de non-conformités dans l’eau au robinet en France métropolitaine et toxicité pour l’humain” :

Situations de NC1 et NC2 : Vis-à-vis des pesticides, les normes françaises pour les eaux potables fixent une limite de qualité de 0,1 µg/L pour chaque substance, et 0,5 µg/L pour le total . Aussi, une concentration Vmax est définie, telle que “la consommation pendant la vie entière d’une eau contenant un pesticide à une concentration inférieure ou égale à la Vmax n’entraîne, sur la base des critères toxicologiques retenus et en l’état actuel des connaissances, aucun effet néfaste pour la santé” . Une non-conformité NC1 correspond alors à la “présence de pesticides à des concentrations supérieures aux limites de qualité sur une période de plus de 30 jours cumulés sur une année sans jamais dépasser la valeur sanitaire maximale (Vmax) ; l’eau distribuée ne présente pas de risque sanitaire pour la population” . Et une non-conformité NC2 correspond alors à la “présence d’au moins un pesticide à une teneur supérieure à la valeur sanitaire maximale (Vmax), quelle que soit la durée de dépassement : l’eau présente des risques sanitaires pour la population qui doit être informée de ne pas utiliser l’eau distribuée pour la boisson et la préparation des aliments, y compris la cuisson (hormis le lavage des aliments)” . Sources des données : .

Pourcentages de NC1/NC2 : Calculés à partir des données précédentes. Le regroupement par pesticide (substance active et ses métabolites) n’est pas réalisé dans les sources. Or plusieurs éléments liés à un même pesticide peuvent être impliqués dans une même non-conformité (sans l’être systématiquement), d’où l’obtention d’une fourchette pour l’ensemble.

DJA : Dose journalière admissible. Elle représente la quantité qu’un individu peut ingérer quotidiennement sans risque pour sa santé. Elle est à multiplier par la masse de l’individu. Source des données : .

Guide OMS : Valeurs guides proposées par l’OMS pour les réglementations sur l’eau potable. Source des données : .

Autorisé UE : Indique si le pesticide est autorisé dans l’Union Européenne. Source des données : .

Notons aussi que dans les rapports sur les pesticides dans les eaux, métalochlore et S-métalochlore sont souvent placés ensemble sous le libellé “métalochlore” car les analyses différencient rarement les deux composants.


“Pesticides les plus fréquents dans les cours d’eau en France métropolitaine et écotoxicité” :

Concentrations : Concentrations trouvées dans les cours d’eau de France métropolitaine en 2013. Source des données : .

NQE : Normes de Qualité Environnementale pour les eaux douces de surface (celles pertinentes ici), fixée par la DCE (Directive-Cadre sur l’Eau) au niveau européen. Source des données : .

PNEC : Predicted No Effect Concentration. C’est la concentration en dessous de laquelle on ne craint pas d’impacter des écosystèmes. Elle est estimée à partir des données scientifiques disponibles, avec une marge (assessment factor ou AF) dépendant de leur puissance. Source des données : .

MAC : Concentration Maximale Acceptable dans les eaux douces de surface. Source des données : .

C / … : Concentration moyenne trouvée dans les cours d’eau, divisée par le seuil mentionné. Les résultat est exprimé en pourcents. Il sert à estimer à quel point on est (ou non) loin de ces seuils, le seuil étant atteint à 100%. Plus la valeur est basse, mieux c’est. Calculé à partir des données précédents.

EIQ éco : Composante écologique de l’Environmental Impact Quotient (EIQ), prenant en compte l’impact sur les poissons, les oiseaux, les abeilles et les arthropodes bénéfiques. Si l’utilisation abusive de l’EIQ dans l’évaluation des impacts des pratiques agricoles est parfois critiquée car trop simpliste, il reste une donnée pertinente lorsqu’il s’agit de comparer globalement les écotoxicités de diverses substances. Source des données : .

Autorisé UE : Indique si le pesticide est autorisé dans l’Union Européenne. Source des données : .

Autorisé FR : Indique si le pesticide est autorisé France. Source des données : .

Sources
[1] Page Facebook de Greenpeace Belgique, post du 05/12/2016
[2] Cancer Statistics Center, American Cancer Society
[3] Cancer Statistics Center, American Cancer Society
[4] Cancer Statistics Center, American Cancer Society
[5] Cancer Statistics Center, American Cancer Society
[6] Risk factors and causes of childhood cancer, American Cancer Society, 22/08/2016 (dernière revue médicale)
[7] “Quand Brico arrêtera-t-il de vendre des armes ?”, campagne Greenpeace Belgique
[8] “Le désherbant Roundup classé cancérogène”, Stéphane Foucart, Le Monde, 25/03/2015
[9] “Special Report: How the World Health Organization’s cancer agency confuses consumers”, Kate Kelland, Reuter, 18/04/2016
[10] “NCGA, ASA: IARC pesticide findings create confusion, fear among consumers”, National Corn Growers Association, 02/06/2015
[11] “Beefing With the World Health Organization’s Cancer Warnings”, Ed Young, The Atlantic, 26/10/2015
[12] “Reregistration Eligibility Decision (RED): Glyphosate”, U.S. Environmental Protection Agency (US EPA), Office of Prevention, Pesticides, and Toxic Substances, 1993
[13] “Glyphosate; Pesticide tolerances”, Federal Register, Vol. 78, No. 84, Mai 2013
[14] “The BfR has finalised its draft report for the re-evaluation of glyphosate”, BfR (Institut fédéral allemand d’évaluation des risques), 2013
[15] “Conclusion on the peer review of the pesticide risk assessment of the active substance glyphosate”, EFSA, 2015
[16] “Proposed Re-evaluation Decision PRVD2015-01: Glyphosate”, Health Canada Pest Management Regulatory Agency, 2015
[17] “Review of the Evidence Relating to Glyphosate and Carcinogenicity”, Environmental Protection Authority de la Nouvelle Zélande, 2016
[18] Rapport sommaire du Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues (JMPR) des 9–13 Mai 2016
[19] “Carcinogenicity of tetrachlorvinphos, parathion, malathion, diazinon, and glyphosate”, CIRC, The Lancet Oncology, 2015
[20] “Does glyphosate cause cancer?”, BfR Communication No 007/2015, 23 March 2015
[21] “IARC’s Glyphosate Publication – Another Organisation Captured by NGO Activist Shills”, The Risk-Monger, 2015
[22] “Le Roundup essuie un nouvel échec en Europe”, Stéphane Foucart et Cécile Ducourtieux, Le Monde, 06/06/2016
[23] “Les pesticides dans les cours d’eau français en 2013”, Commissariat Général au Développement Durable (Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie), Novembre 2015
[24] “Les pesticides les plus rencontrés dans les cours d’eau”, Commissariat Général au Développement Durable (Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer)
[25] “Le catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages des matières fertilisantes et des supports de culture homologués en France” (“Substances”, “Glyphosate”, “Effets Non Intentionnels (ECOACS)”), Ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire
[26] “Respect des normes par les pesticides dans les cours d’eau”, Commissariat Général au Développement Durable (Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer)
[27] Bilan de la qualité de l’eau au robinet du consommateur vis-à-vis des pesticides en 2011-2012, Ministère des Affaires Sociales et de la Santé
[28] Bilan de la qualité de l’eau au robinet du consommateur vis-à-vis des pesticides en 2013, Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes
[29] Bilan de la qualité de l’eau au robinet du consommateur vis-à-vis des pesticides en 2014, Ministère des Affaires Sociales et de la Santé
[30] Tweet de Stéphane Foucart (@sfoucart), 29/12/2016
[31] Rapport de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologique (OPECST) sur “Pesticides et santé”, 2010
[32] Tweet de Stéphane Foucart (@sfoucart), 30/12/2016
[33] EU Pesticides database, Commission Européenne
[34] Guidelines for Drinking-water Quality, Fourth edition, Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 2011
[35] Portail Substances de l’INERIS
[36] “Herbicide-tolerant Transgenic Soybean over 15 Years of Cultivation: Pesticide Use, Weed Resistance, and Some Economic Issues. The Case of the USA”, Sylvie Bonny (INRA), 2011
[37] Post Facebook du Bunker D, 08/01/2017
[38] “La qualité de l’eau potable et santé”, Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, 2013
[39] List of Pesticide Active Ingredient EIQ values, Cornell University, College of Agriculture and Life Sciences

47 pensées sur “Greenpeace & Glyphosate : La comm’ avant les faits”

  1. Eh bien c’est l’article le plus efficace que j’ai pu lire sur le sujet.
    La question dans cette situation: en faisant cette campagne de pub, à quel point Greenpeace est elle consciente et a-t-elle l’intention de tromper?

    Je découvre ton site à travers ton article, grâce à Hygiène mentale, et je pense qu’il va faire parti de mes favoris… en fonction des autres articles que je lirai

    1. Difficile d’affirmer quoi que ce soit sur les intentions de Greenpeace, les connaissances réelles de ses acteurs, etc. Le mieux reste encore d’appliquer le rasoir d’Hanlon : “Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la stupidité suffit à expliquer.” … Bon, là c’est la formulation trouvée sur Wikipédia, pas très sympa. Mais en gros, sans preuve de malhonnêteté, supposons qu’il s’agit d’ignorance, de biais, d’erreurs…

    2. C’est effectivement difficile à savoir. Bien que cela ne démontre rien, je vais néanmoins m’autoriser à me faire le relais d’étudiants en Biologie ayant fait leur stage chez Greenpeace belgium et qui déclaraient recevoir moins de reconnaissance pour la pertinence de leur travail que pour son orientation…

    3. On trouvera toujours des chercheurs pour prouver tout et son contraire surtout s’ils ont des intérêts financiers . Il faut savoir que l’on retrouve des pesticides dans le sang de cordon des bébés que le glyphosate est parmi les perturbateurs endocriniens et ce genre de produits est comme l’homéopathie c’est la durée et la fréquence du traitement qui importe plus que la dose . Si vous passez en pédiatrie vous verrez si le nombre de malades est faible . Si le glyphosate est dans le collimateur de greenpeace ce n’est pas qu’il est le plus dangereux c’est qu’il est le plus utilisé

      1. Si on passe en pédiatrie, on ne verra certainement pas la responsabilité du glyphosate car quand bien même l’augmentation du nombre de malades était avérée, on ne confondrait pas une corrélation et une preuve de causalité.

        Pour ce qui est du fait que le glyphosate soit “perturbateur endocrinien”, l’EFSA développe cette question de la perturbation endocrinienne à la page 12 de sa revue 2015 de l’analyse des risques liés au glyphosate.
        En gros il y a des “signes d’activité endocrinienne”, mais pour l’instant rien ne constituant une preuve. Résultat, d’éventuels effets endocriniens sont en cours de tests sur demande de l’US EPA. Pour l’instant, les données publiées dans ce cadre ne montrent pas d’effets.
        Par ailleurs, les “signes d’activité endocrinienne” en question surviennent à des doses déjà considérées comme dangereuses dans le cadre reproductif (“parental toxic doses”). Plus généralement, on remarque que ces doses sont énormes : la “parental NOAEL” est de 300 mg/kg/jour, ce qui est d’ailleurs la NOAEL obtenue pour plein d’éléments (et utilisée pour fixer les réglementations européennes concernant le glyphosate). Donc si effet endocrinien il y a (et pour l’instant on dirait que non), c’est de toute manière au-delà des seuils de toxicité déjà connus. Donc pas de risque aux niveaux auxquels on est exposés et compte tenu des seuils réglementaires.

        (Quant au fait que le glyphosate soit le plus utilisé, j’ai déjà expliqué dans l’article le caractère non pertinent de cette remarque. On ne peut pas se contenter de regarder les quantités sans prendre en compte la toxicité.)

  2. Vous me faites penser aux climato-sceptiques qui, payés par de grosses multinationales, organismes des compagnes savamment orchestrées pour défendre leurs lobbys. Vous êtes ignobles et malhonètes.
    Philippe Regnault
    Floreffe

    1. Merci pour cette réponse. Elle illustre un élément récurrent et particulièrement intéressant : la pensée cyclique qui pollue ces débats. En effet, ce qui vous pousse à m’assimiler à des lobbyistes et à me dire “ignoble et malhonnête”, c’est l’idée que ce soit la seule explication possible au texte ci publié. Et pourquoi serait-ce la seule explication possible ? Parce que vous avez raison pardi ! Ainsi, aucune remise en cause n’est possible puisque vous rejetez tout discours secouant vos certitudes sur la prémisse que vous avez forcément raison. (Prémisse un brin prétentieuse, il faut bien l’avouer.)

      À ce raisonnement cyclique s’ajoute au passage un sophisme ad hominem, à savoir que vous rejetez le propos sur la base des caractéristiques supposées de son auteur, et non de son contenu. Or cet article est très amplement argumenté et sourcé, sur la base des données fournies par des organismes reconnus, gouvernementaux et autres. On soulignera d’ailleurs que parmi les sources employées figurent l’OMS, organisme justement utilisé comme référence par Greenpeace dans son argumentaire. L’autre source de l’ONG verte est une citation du Monde, que j’ai démontrée fausse à partir de rapports ministériels, et issue d’un article dont l’auteur lui-même a publiquement reconnu l’erreur.

      Rien ne vous pousse à me croire sur parole donc. Mais il conviendrait au moins de prendre en compte les données et arguments fournis, plutôt que de s’enfermer dans ces certitudes. C’est une question d’honnêteté intellectuelle.

      1. si je peut me permettre, concernant le fait que votre article soit « sourcer » je me permet d’emmetre une critique: vos lien ne sont pas direct vers la page qui confirme vos affirmation, du coup soit on est pres a perdre 2 ou 3H voir plus a verifier vos afirmations, soit on vous crois sur parole, soit on rejete tout en bloc car vous prouvez rien en renvoyant vos affirmation sur la page d’accueil d’un organisme quelconque. pour illustrer mon propos je pourai dire:
        « la teneur en glyphosate moyenne dans le mais OGM est le double de la toxicité reconnue acceptable du glyphosate par l’anses. »
        sources: https://www.anses.fr/fr

        va y maintenant débrouille toi avec ça ou crois moi sur parole 😉
        je dit ça sans animosité hein, je suis ni pro greenpeace ni pro pesticide 😉

        1. Pouvez-vous donner un exemple précis de ce que vous me reprochez et dont je serai l’auteur ?

          Non seulement il y a les sources précises en fin d’article (menu déroulant “Sources”) avec titres, auteurs, journaux, dates et liens, mais surtout en passant votre souri sur les références (e.g. “[1]”) s’affichera à droite ou à gauche du texte l’extrait précis auquel je fais référence, disponible en V.O. et en V.F., avec juste en bas le lien vers la source (pour peu vous soyez sur ordinateur avec une fenêtre assez large, au moins 60 rem, soit typiquement 950 px avec le zoom à 100%).

          1. mes excuse, j’ai extrapoler trop vite, en fait en vous lisant le seul argument qui m’as vraiment interloquer etait la référence 35, mais apres coup je me suis aperçut que c’etait la seule de tout l argumentaire qui n’etait pas correctement referencer. mais c’etait trop tard mon texte etait deja partit et il n y avais plus moyen de le corriger 😉

          2. Pas de souci. Pour la référence [35], l’affirmation était le glyphosate se classait deuxième en termes des seuils d’écotoxicité les plus élevés parmi une liste de 11 pesticides. Il n’était pas possible de fournir une source unique et précise car il m’a en fait fallu aller chercher les seuils de chacun des 11 pesticides sur le site mentionné. Les données en question sont compilées en fin d’article. 😉

      2. apres avoir pris un peut de temps a reflechir dans le train, je pense cerner pourquoi il est si difficile de vous croire.
        chacun ses passion, mais il faut avouer objectivement que passez ses loisir a chercher pour le plaisir et gratuitement des preuve scientifique pour defendre l’industrie chimique et les grande societé est « difficile a croire » de prime abord 😉 . Ajoutons a cela que le debat est ardut et scientifique, et que 99% de la population ( pour pas dire 99.9% ) est incapable de tirer une conclusion meme avec les document que vous fournissez ( car il faut les comprendre, puis comprendre leur limites, et avoir les connaissance pour en tirer la bonne conclusion ) or ceux qui on les connaissance dans ce domaine tres pointu sont: les scientifique employer par l’industrie phytosanitaire, ou les scientifique employer par les organisme de regulation et de vérification mandater par l’etat ou les organismes agrée, les premier on forcement un partit pris, et les second une foix leur taf fini et leur conclusion faite, il passe a la vérification d’un autre produit et passe pas leur temps libre le WE a allez sur les forum et les blog défendre leur taf de la semaine…

        donc forcement quand quelqu’un qui dit ne pas travailler dans le millieu sort plein d argument pointu et documenter instinctivement on a tendance a etre méfiant ( peut être a tord ) mais faux nous comprendre on peut rien verifié vraiment sauf a y passez des centaine d’heure, c’est comme pour le 11septembre, ca prend enormement de temps de decrypter les argument des soit disant  » complotiste » et on se retrouve vite bloquer sur des point scientifique ou personne peut prouver ses reponses (qui connais et peut modeliser les reaction des structure metalique chauffer a 900° apres un choc d’avion ?) pour les produit pesticide on est dans la meme situation, c’est un debat de specialiste ou 99% des gens comprendrai pas un mot d’un debat entre 2 spécialiste. mais instinctivement les gens se dise  » si ce produit est assez puissant pour détruire toute les plante sans distinction ça doit etre un putin de poison bien dangereux, j veut pas boire ce truc ! ce qui est une reaction bien « naturelle » même si possiblement fausse car nous ne somme pas des plantes 🙂
        le chocolat le raisin ou l’avocat est mortel pour un chien et tres bon pour l’homme ( quoique le chocolat faut pas abuser quand même )
        maintenant pour le glyphosate j suis pas sur que j mettrai une cuillere de round up dans mon café le matin :o)
        pour ce qui est de greenpeace, j pense juste que c’est pas des scientifique, qu’il se sont tromper de cibles, que ils ose pas le reconnaitre de peut de passer pour des guignols, par contre concernant leur methode marketing, je les soutient, car la population est trops conne pour reagir a des argument convaincant, seul le « buzz » fonctionne sur ces moutons et donc quand on veut faire passez un message et que l on veut qu’il soit entendu faut user de ce genre de strategie marketing debile et deloyale mais qui marche…

        Ceci dit si tu est vraiment indépendant, et que ton kiff c’est juste de rétablir la verité quitte a défendre les GAFA et autre grand groupes capitaliste, toute mes félicitations, tu arpente un chemin de croix que je n aurai pas le courage de prendre 😉

        1. Oui. C’est effectivement l’idée. Ravis que vous l’ayez compris. Pour comprendre ce temps que je passe sur ce travail, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte. Il y a bien sûr la curiosité et l’envie de clarifier les choses, pour moi comme pour les autres. C’est ce qui m’a poussé au départ dans le scepticisme : je découvrais plein de choses fascinantes en creusant la réalité derrière des affirmations douteuses. Mais, au bout d’un moment, j’ai aussi découvert les impacts dramatiques de certaines croyances et raisonnements. Si cela vous intéresse, j’en parle dans mon deuxième article. De là, et de ma capacité à faire ce travail de recherche et de clarification, est né un certain sentiment de devoir.

          Au bout d’un moment, fasciné par les mécanismes de la croyance et d’expansion des argumentaires fallacieux ou mensongers, j’ai jeté un œil au débat sur les OGM, puis par extension sur les pesticides. Je savais que j’y trouverai beaucoup de matériel. Je ne m’attendais néanmoins pas à ce que la qualité des argumentaires soit si déséquilibré. Là encore, le sujet est intéressant. Mais aussi là encore, les impacts tant humains qu’écologiques, couplés à une connaissance chaque fois grandissante du sujet, imposent une certaine notion de devoir. Il ne serait pas moral de ne pas agir.

          1. as tu prevu de « debunker » le reportage « le roundup face a ses juges » qui a pu etre vu sur arte le 17 octobre, et qui seras redifuser le 29 novembre ? j’ai trouver certain argument plutôt convaincant, et toi ?

          2. Oui. J’ai commencé à travailler dessus. Néanmoins, cela devra attendre, d’une part du fait d’obligations personnelles (n’en déplaise à certains, je ne suis pas payé pour faire ce travail et ai un emploi), d’autre part parce que je fais une petite pose en avançant sur autre chose.

            Pour l’instant, je ne trouve rien à sauver du documentaire, même s’il me reste encore quelques zones d’ombres. Le documentaire s’ouvre sur le cas de Théo Grataloup, soit rien d’autre qu’un simple post hoc ergo propter hoc. Rien ne nous dit que sa pathologie ait un quelconque rapport avec le glyphosate. Aux dernières nouvelles, l’atrésie de l’œsophage touche un enfant sur 2500 à 3500, et leurs mères n’ont pour la plupart jamais manipulé le produit. Ensuite vient l’Argentine, à mes yeux un odieux détournement : le pays connait de grave problème sanitaire de par l’utilisation et la gestion catastrophique des pesticides en tous genre, en plus des déchets industriels hérités des décennies passées. Cibler le glyphosate pourrait être contre-productif sur le plan sanitaire, mais surtout ne résoudrait absolument rien. Le recensement par Samsel des cancers qu’il croit montrés par une étude interne de Monsanto (dont les résultats sont publics depuis 2015) est risible. Pour l’emportement des métaux dans les eaux de consommation via le glyphosate, chélateur, j’ai un doute : le glyphosate s’attache plutôt bien aux particules du sol (d’où sa faible proportion dans les nappes en regard de son utilisation). A priori, je penserai plutôt que le glyphosate limiterait le problème en fixant les métaux. Je dois donc creuser, mais crains que les résultats mentionnés ne montrent qu’une corrélation entre l’utilisation de glyphosate et d’autres produits. Pour le botulisme, le mécanisme existe certes mais les chiffres du vétérinaires sont aux fraises d’un facteur 1 000 000 (il confond mg/mL et ppm), d’où une absence de pertinence pour les humains et certainement les vaches aux expositions attendues. Enfin, je n’ai pas encore pu jeter un œil aux travaux mentionnés quant à la tératogénicité, mais vu les conclusions des agences sur la littérature je doute qu’ils soient si concluant et pertinents. À voir…

  3. Un ami proche, occupant un poste à responsabilités importantes dans l’agro-chimie, me tient depuis longtemps le même discours que vous. Il ne cesse de m’alerter sur les mesfaits des slogans faciles (et faux) que brandissent certains écolos radicaux et parfois ignorants. De plus, il dresse une longue liste des problèmes immediats si l’on décide de ne plus autoriser le glyphosate. Merci en tout cas pour la qualité d’argumentation de votre article.

  4. Fascinant ! Pas évident de trouver de la raison sur internet, à plus forte raison de la raison documentée.
    Cela étant, même si on prouvait que l’article est faux, que les sources sont incorrectes, bref, que tout le contre-argumentaire était une intox pure (ce qui évidement, n’est pas le cas…), le seul argument de la violence gratuite et de l’utilisation idiote du symbolisme est en soit suffisant pour mettre en avant une manipulation… Qui, passé le choc, est particulièrement évidente. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas le voir. Non que ce soit répréhensible, cela étant : dans certain combats justifiés elle est nécessaire.

    @Regnault
    Passons l’argumentaire percutant, fourni et documenté pour se concentrer sur « Vous êtes ignobles et malhonètes »: si c’était vrai, et alors ? ça n’a jamais empêché d’avoir raison.

    1. etre ignoble et avoir raison c’est pas incompatible, par contre etre malhonnête ( sur un sujet precis ) et avoir raison, ca me parais plus compliquer, en effet a quoi bon etre malhonnête si on a raison ? ( sauf a trouver des « faux argument » percutant pour convaincre de quelque chose de vrai mais que l’on arrive pas a expliquer « honnetement » car les arguments qui le prouve honnêtement sont moins percutant et plus complexe a comprendre )

      1. On peut tout à fait être malhonnête et avoir raison : on peut parfaitement avoir de bons arguments mais être malhonnête et manipuler pour les rendre d’autant plus efficace, notamment parce l’on sait que malheureusement les arguments rationnels ne suffisent pas toujours pour convaincre. Il s’agirait alors typiquement de tenir sous silence une partie des données qui relativiserait un peu le discours, ou exploiter les sentiments par des appels à la peur. Ce n’est pas une pratique que je défends, bien au contraire, puisque je place le débat ouvert et juste au-dessus du reste pour assurer la justesse des conclusions ; mais c’est un choix que certains peuvent faire, un sacrifice au profit d’un combat qu’ils jugent plus important.

        1. oui c’est exactement ce que je disait dans ma parenthèse mais peu être de façon moins limpide 😉

          ceci dit, est ce malhonnête d’utiliser des argument biaiser pour convaincre quelqu’un de la « verité » ?
          c’est un peu comme la maniere d’expliquer l’espace temps et la gravitée avec une « toile » sur laquelle repose les astres, ou de representer la molecule comme un systeme solaire avec des « niveau atomique » alors que tout ca est faux, c’est juste une simplification outrancière pour aider les nigaud que nous somme a appréhender des concept obscur.
          je pense que c’est pareil en matiere de biologie, expliquer les OGM a quelqu’un qui a pas fait STL au lycée ou licence bio c’est forcement lui mentir un peu, idem pour les pesticides ou les perturbateur endocriniens…

  5. Si je ne doute pas du travail réalisé pour écrire cet article, je reste avec un sérieux problème. Vous concluez en disant que le glyphosate des insecticides n’est pas le pire et qu’il n’est, finalement, pas si dangereux que ça. Si je concède que l’affiche de Greenpeace joue évidemment sur les sentiments, c’est toujours plus efficace que de jouer sur le raisonnement, n’est-il pas possible de voir que le but poursuivi est l’arrêt de l’utilisation des produits chimiques néfastes dans l’agriculture ?

    Est-il si difficile d’admettre qu’utiliser des insecticides est une mauvaise idée ? Est-il si compliqué de voir que la monoculture intensive détruit les sols ? Ne peut-on pas envisager une culture plus raisonnée, sans pesticides et insecticides ?

    N’est-ce pas ça, au final, le but de Greenpeace ? Pousser un peu dans le bon sens pour l’adoption du bio et réfléchir à comment nourrir le monde sans le détruire ?

    1. Parce que j’utiliserai le terme, je rappellerai pour commencer que le glyphosate est un herbicide, pas un insecticide. Ça ne change en rien votre remarque sur l’intérêt éventuel du combat de Greenpeace contre les herbicides… Sauf que Greenpeace n’est pas là en campagne contre les herbicides dans leur ensemble, mais en cible un seul : le glyphosate. Or la dernière partie de mon article montre clairement que si l’on est pas dans une optique d’abolition totale des herbicides, alors une interdiction du glyphosate est contre-productive (car il pourra être remplacé dans ses utilisations par des produits nettement plus toxiques et écotoxiques). Ainsi, même si l’on admet qu’il serait positif d’interdire les herbicides, Greenpeace reste non moins dans l’erreur, du fait de sa cible.

      “Même si l’on admet”… parce que c’est loin d’être évident ! Je pense que l’on peut s’entendre sur le fait que le traitement des adventices (les “mauvaises herbes”) permet d’augmenter le rendement (surfacique), au moins dans un certain nombre de cultures. C’est bien pour cela que les agriculteurs dépensent en traitements. Considérons maintenant que l’objectif soit la production d’une quantité donnée de nourriture, satisfaisant les besoins économiques et humains. Si l’on augmente le rendement, alors on peut réduire la surface cultivée. La question de la suppression des herbicides pose alors une question légèrement différente : mieux vaut-il a) interdire les herbicides ; ou b) augmenter les rendements avec des herbicides en assurant que l’on impacte pas ou peu l’environnement, et en profiter pour diminuer les surfaces cultivées et recréer des surfaces sauvages ? Évidemment j’exclus déjà les autres propositions clairement rejetables vus les objectifs écologiques considérés, en particulier “ne pas agir et en avoir rien à foutre”. Vous comprendrez que la balance entre a) et b) n’a rien d’évident. (Je précise qu’il existe d’autres pratiques dans la lutte contre les adventices, mais elles ne sont pas toujours aussi efficaces que les herbicides, et pas toujours anodines. Un labour abusif, typiquement, n’est pas une bonne chose. Les herbicides gardent donc un avantage, bien qu’en revanche il puisse être intéressant de ne pas utiliser qu’eux.)

      Je vous rejoins néanmoins sur l’idée d’une agriculture raisonnée (éventuellement imposée) : traiter quand c’est nécessaire, employer les stratégies optimales sur le plan environnemental… et réduire lorsque possible les surface cultivées. Par contre, je dois vous reprendre quant à l’idée d’une transition vers le bio, dont je suis un fervent opposant. Déjà, je préciserai que le bio utilise des pesticides (insecticides, fongicides…) pas forcément anodins, et même régulièrement plus toxiques que les produits de synthèse qu’il interdit. Un de ses piliers est le rejet dogmatique des pesticides de synthèse (mais pas des pesticides “naturels”), qui n’est autre que l’expression d’un fallacieux appel à la Nature. En fait, on peut démontrer mathématiquement le problème de cette interdiction de principe : en interdisant des solutions, on ne peut que s’éloigner de l’optimum. Il conviendrait donc d’établir les meilleurs solutions dans un processus scientifique (agroécologie) et sans s’interdire de possibilités a priori, puis de les appliquer. Parfois, ces solutions peuvent être sans pesticides de synthèse, mais c’est loin d’être évident. (Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : je n’affirme pas que le bio n’est pas moins impactant que le conventionnel aujourd’hui et dans la pratique. Les labels imposent des pratiques de culture raisonnée, et les cultures conventionnelles ont moins de contraintes. Je dis simplement que le rejet de la synthèse qui est au cœur du bio interdit l’établissement d’une agriculture raisonnée optimale sur le plan environnemental.)

    1. Ah, je n’avais pas vu le “Rectificatif du 9 janvier”. Je m’en vais adapter l’article comme il se doit. Merci pour l’information, et merci pour le partage.

      Édit : C’est fait. Comme toute modification de fond sur ce blog (c’était la première), elle est faite par l’emploi des balises html <del> et <ins> de sorte que les modifications demeurent visibles (et datées) dans le code source de la page.

  6. La raison pour laquelle Greenpeace s’attaque à cela, c’est qu’ils sont dans le fantasme bêtement gauchiste. Je suis un peu désolé d’arriver avec des gros sabots comme cela, mais c’est la réalité. Par exemple, les mouvements anti-nucléaires ont été soutenus historiquement par l’URSS qui y voyait un intérêt bien compris, on ne parle pas des écologistes comme étant des pastèques, verts à l’extérieur, rouges à l’intérieur, pour rien.
    Monsanto est un ennemi à abattre parce qu’il représente une multinationale américaine, ce qui fait deux bonnes raisons. Peu importe si 50% du glyphosate est produit en Chine, peu importe si le Nigéria est le plus gros producteur africain de cet herbicide utilisé massivement sur tout le continent parce qu’il coute moins cher que l’eau (j’exagère à peine), peu importe si cela permet aux agriculteurs qui s’en servent d’avoir de meilleurs rendements, peu importe si à l’échelle des multinationales Monsanto est un « petit joueur », peu importe si la production de Monsanto de glyphosate à l’échelle mondiale est devenue ridicule (moins de 10% de mémoire), peu importe…
    L’ennemi est là, c’est le capitalisme mondialisé américain. Il ne faut pas chercher beaucoup plus loin. Et c’est évidemment terrible quelques soient les convictions politiques que nous portons tous. Quand la science devient politisée, ou quand la politique essaye de se donner un vernis politique, voilà le résultat auquel nous arrivons.

    Je ne peux terminer sans dire à quel point cet article est très bon, c’est déjà une référence à mon avis dans le petit monde des gens méchants qui sont près à défendre le nucléaire, les ogm et les -icides de manière rationnelle. Ca fait vraiment du bien. Merci.

    1. Merci pour votre soutien.

      Je ne suis pas sûr que l’on puisse invoquer la composante anti-capitaliste comme l’unique raison dans les actions de Greenpeace en rapport avec Monsanto.
      Je pense même que c’est faux, puisque l’on observe clairement le rôle important d’autre biais, comme notamment l’appel à la Nature.
      Néanmoins, au regard de mes échanges sur les différents espaces de discussion, il me semble effectivement que cet anti-capitalisme joue un rôle significatif dans la dynamique de propagation de ces idées. D’ailleurs, les organisateurs d’une “Marche contre Monsanto” à laquelle j’ai assistée en spectateur explicitaient alors que Monsanto était ciblé notamment en tant qu’incarnation de l’ensemble des grandes multinationales du secteur agricole.

      1. Pour tout dire, j’ai « milité » chez GP entre mes 16 et mes 19/20 ans (je dois encore avoir leur badge sur ma penne de baptême !), je pensais à l’époque que c’était une bonne façon de protéger la planète, ça c’était avant que je réalise (merci à mon prof de biologie de 1ere licence) que les faits se cachaient (et étaient déformés) sous des montagnes de mensonges idéologiques qui avaient une base anti-capitaliste.

        Je vis très bien avec les anti-capitalistes, je suis entourés de gens comme ça, bien que ça ne soit pas du tout ma conviction, au contraire, et je n’en fait pas une maladie. Il y a d’ailleurs des bons arguments que je suis prêt à reconnaitre. Tout ça pour dire que le fond idéologique de Greenpeace et plus généralement de l’écologie politique est profondément anti-capitaliste et je n’arrive pas à penser que cela ne joue pas un rôle moteur important. Et pas seulement dans la dynamique de propagation, mais aussi dans celui de sa création, ou alors il faudrait que les cadres des mouvements écologiques ne partagent pas les vues politiques de leur base militante, ce qui me parait osé. Notamment parce que les cadres sont souvent d’anciens militants.

        Bien entendu, ça ne transparait pas dans le discours, on ne dit pas « il faut supprimer le Glyphosate parce que le capitalisme c’est mal » (encore que, les tribunes « vertes » anticapitalistes sont légions dans la presse, tous les partis politiques dit « verts » sont à gauche, souvent plus à gauche que les partis socialistes traditionnels et la plupart des ONG « pro environnement » se situent sur ce plan politique à chaque intervention médiatique qu’elles font) parce ça serait trop gros et que l’anti capitalisme n’est pas spécialement partagé par tous les militants et quand il l’est, il l’est à différents degrés (il y a une différence de degré et nature importante entre l’anti-mondialisation d’une personne de centre droit et la ligne dur du PTB par exemple, mais si les deux peuvent se définir par une forme d’anti-capitalisme). Je pense qu’axer sa communication là dessus serait une erreur pour Greenpeace, le pathos généraliste de l’appel à la Nature fonctionne bien mieux, en effet, et Greenpeace l’a très bien compris.

        Pour l’appel à la Nature, vous avez bien entendu raison. Je connais bien cette tare pour l’entendre chez mes parents quand j’y passe le WE qui me bassinent avec le bio « sans produits pesticides », « naturel » et, le sommet, « naturel ». J’ai déjà essayé de leur expliquer qu’un ado de 15 ans qui est en 3eme secondaire sais que l’eau est un produit chimique qui s’écrit H2O (je leur ai fait la blague du monoxyde de dihydrogène et ça a fonctionné…) et que le pétrole est un produit naturel et que supprimer le premier au profit du second ne rendra personne en bonne santé, quand bien même on échange dans ce cas un produit dit « chimique » pour un autre dit « naturel »…

        Tout ça pour dire, je n’entendais pas que la cause de cette campagne publicitaire honteuse était anti-capitaliste, je m’étais sans doute mal exprimé, mais par contre je crois qu’elle en est l’un des ressorts particuliers. Le simple fait de s’acharner sur Monsanto sans chercher à savoir ce qu’il y a derrière (il y a « deux Monsanto » comme vous devez le savoir ; le fait que le Glyphosate est un générique aujourd’hui ; le fait que le Roundup n’est pas composé que de Glyphosate mais aussi de produits plus dangereux, il me semble, …) est un l’une des preuves.

        1. Votre retour est particulièrement intéressant. Le premier paragraphe me fait grandement penser aux explications de Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace, quant à son départ de l’ONG.

          (À part ça, oui, j’étais au courant pour “les deux Monsanto”. J’ai pas mal écrit sur les arguments anti-Monsanto les plus classiques.)

          1. Je ne connaissais pas le point de vue de Patrick Moore (en fait, je ne connaissais pas du tout cette personne), et c’est assez intéressant d’avoir ce type de retour. Je ne crois malheureusement pas que cela ait une portée quelconque, à part donner un argument de plus ceux déjà convaincus que Greenpeace utilise des techniques non scientifiques et donc produit un discours qui n’est pas recevable en l’état. Mais merci pour cette vidéo !
            En parlant de vidéo, je vois que vous avez répondu à « Data gueule », l’analyse faite pour Greenpeace (faits biaisés par vue politique), elle fonctionne très bien aussi pour Data Gueule, c’est pour cette raison que cela fait longtemps que je ne regarde plus leur production.

    2. Les actions de Greenpeace n’ont plus qu’un seul objectif : faire tourner la machine Greenpeace et assurer sa pérennité. Qu’importe la « cause »… pourvu qu’elle rapporte, en visibilité et en cash, le deuxième dépendant en partie du premier.

      Quant aux actions contre Monsanto, une grande partie relève, d’une part, de l’existence d’un socle d’activisme et, d’autre part, d’une sorte de lutte pour la survie et de la routine. Tous ces mouvements peinent à changer de registre… c’est bien plus confortable de ressortir périodiquement le bon vieux matos, les bons vieux slogans, les bons vieux boniments.

      Et il est bien sûr interdit de dire qu’on s’est trompé et qu’on a trompé.

  7. Merci pour votre article argumentée et documentée
    Toujours difficile de voir ses « certitudes » mises en défaut par des faits mais c’est rafraîchissant
    Je vais relire tout ça au calme et voir les sources mais bravo pour votre travail sceptique

  8. En tout cas, Greenpeace Belgique a réussi leur coup, on n’en parle. Soyons zététique en travaillant point par point :
    I) Sur la forme
    1) Si j’ai bien compris, on aurait dû voir selon vous les gouvernements et ne pas stigmatiser un magasin ?
    « Après tout, il est probablement plus facile de faire plier un magasin que de convaincre les gouvernements… »
    Ma réponse : Il me semble bien plus efficace quand on cherche l’efficacité de toucher le monde de la consommation plutôt que l’appareil politique. Comme il s’agit d’un rapport de force, en stigmatisant un magasin et en lui demandant de prendre certaines responsabilités (selon Greenpeace) tout en interpelant les consommateurs, on est largement plus efficace. Je ne vois pas en quoi c’est un problème. Quand l’efficacité est au service de choses que vous appreciez, ralez-vous de son efficacité ?
    2) Vous critiquez que Greenpeace ait fait une publicité jouant trop sur l’émotion et non pas l’information, n’est-ce pas ? Vous dites ceci « Entendons-nous bien, l’appel aux émotions pour des affiches militantes cherchant à provoquer la réaction et l’action du public, ça n’a rien de choquant en soi. » Mais le bébé, c’est trop : « …En lieu d’une maladie certes horrible et potentiellement mortelle, on a la mort nette et assurée. Et en victime, on a un bébé… »
    Ma réponse: quand on cherche à envoyer un message fort et à interpeller les gens pour la réaction, on fait une publicité avec une image forte, courte et c’est un sujet qui devrait intriguer tout le monde. Quand Apple nous fait une publicité mensongère nous expliquant qu’avec son dernier appareil, on aura atteind le nirvana, c’est mensonger et on nous montre pas les degats faits par la production non ? ça me semble une bonne guerre. Je suis désolé, mais pour moi, l’image du bébé, c’est celui de mes futurs enfants ou de mes neveux déjà nés. Avec cette image choquante, le message passe (que l’on trouve juste ou non, c’est un autre débat) et ce message dit : « Le glyphosate est vendu chez Brico alors qu’on estime que ça tuera l’avenir de nos enfants donc nos enfants ». Désolé que ça vous choque. Auriez-vous utiliser ses mêmes arguments pour une publicité qui irait dans votre sens ?
    II) Sur le fond
    Sur la dangerosité du glyphosate pour nos bébés ou le futur de nos bébés. J’ai regardé des résumés des publications scientifiques. Même si on nous dit pas que ça tue directement, que la majorité des études nous explique que c’est dangereux, il y a tout de même des études claires qui expliquent que ça a des réactions néfastes pour notre environnement. Notre environnement n’est jamais détaché de nous, nous vivons dedans. Chaque modification a des effets sur d’autres facteurs. Et même si on veut une vision centrée uniquement sur l’Homme (car apparemment la Nature n’a que de la valeur si elle est reliée à notre nombril) ça nous tue pas directement, le glyphosate a bien une toxicité sur des espèces animales qui peuvent être la nourriture d’animaux que l’on mange ou (pour les végétariens) qui participent à l’équilibre des terres et de l’eau pour nos potagers = notre alimentation = notre survie = question de vie ou de mort. Voici les sources des publications traitant de la toxicité du glyphosate : http://link.springer.com/article/10.1007/BF01056243 ; http://link.springer.com/article/10.1007/s00244-004-0086-0 ; http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S014111360000088X ; http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1383571808001794 ; http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0300483X16300932 etc… Et même si c’est la dose qui fait le poison (je connais l’argument ^^)… je pense que vous ne maitrisez jamais ce que le voisin a mis, ce qu’il reste dans l’environnement depuis hier et quand on peut faire autrement et mieux, on fait simplement autrement, c’est tout ! On arrête de justifier ou défendre un produit qui de toute façon a au moins x effets néfastes pour cette planète qui a des conséquences aussi négatives indirectes (par effets papillons aussi).

    1. I.1) Non. Je ne dis pas que l’“on aurait dû voir […] les gouvernements et ne pas stigmatiser un magasin”. Ne lisons pas dans mes propos plus que ce qui y est réellement écrit. Je remarque simplement qu’il est plus facile de faire plier un magasin, a fortiori quand la revendication n’est peut-être finalement pas justifiée. En effet, l’objectif du magasin est de vendre, et la peur de perdre sa clientèle est un levier puissant ; tandis que dans un gouvernement, l’analyse du bien-fondé des revendications est bien plus pertinente.

      Mon propos ne va pas au-delà de ces constats. Je reconnais explicitement l’efficacité de la stratégie, et ne prend pas position quant à si elle est acceptable voire préférable, ou non.

      I.2) Le problème n’est absolument pas que “le bébé, c’est trop.” Vous m’avez bien cité sur l’acceptation de l’utilisation de l’émotion sur des affiches militantes, je vous invite donc à porter la même attention au reste de mon article. J’écris explicitement : “Le problème ici, c’est que Greenpeace ne se contente pas de raviver des sentiments existant déjà à juste titre sur le sujet en question : elle en forge un.” Le problème, il est que l’imagerie employée fait écho à l’idée de mise à mort nette d’un bébé – une idée déconnectée même des accusations mêmes portées par Greenpeace.

      Et oui, effectivement, on peut voir simplement dans cette affiche un message concernant l’avenir de nos enfants. Mais là encore, j’ai déjà été explicite sur ce point : “On pourrait défendre une lecture allégorique de l’affiche. […] Néanmoins, le problème persiste. Recherchés ou non, les sentiments en question s’imposeront à une part du public.”

      Pour ce qui est de la mention d’Apple et de la publicité mensongère, j’ai pour avis que les comportements inacceptables d’autrui ne justifient en rien les siens. Le nivellement par le bas, très peu pour moi.

      Ainsi, je peux répondre franchement et nettement à votre question : “Auriez-vous utilisé les mêmes arguments pour une publicité qui irait dans votre sens ?” Oui, pour peu que j’ai matière à écrire un article intéressant et que l’effort soit justifié. J’aurai en tout cas condamné la méthode. Pour information, je soulignerai que je prends soin sur ce blog d’éviter tout appel aux émotions. Nécessairement, certains faits que j’aborde sont touchants… mais je ne l’exploite pas et n’en rajoute pas une couche. Au contraire, je tends à édulcorer le discours pour ne pas que l’émotion prenne le pas sur les faits. Cela restreint entre autres mon choix d’illustrations. Dans mon deuxième article, “Le combat sceptique : Pourquoi lutter ?”, j’aurai pu faire étalage de photos gores illustrant les effets du baume noir, ou encore m’étendre sur les horreurs que sont le MMS ou le cas de Candace Newmaker. Pourtant, de tout cela, vous ne trouverez que le dernier, rangé dans un encart déroulant que beaucoup ne liront pas.

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      II) Là encore, rien de nouveau n’est dit par rapport au contenu de l’article. Oui, je l’ai écrit, le glyphosate n’est pas rien. “Évidemment, on ne va pas dire que le glyphosate est un produit aussi anodin que l’eau minérale.” J’ai d’ailleurs mentionné que le glyphosate ou ses coformulants “[posaient] surtout problème au niveau des amphibiens”, et les seuils de toxicité et d’écotoxicité mentionnés dans l’article ne sont pas infinis.

      À la lecture, on remarque que vos cinq sources n’apportent rien de nouveau par rapport aux données déjà utilisées dans l’article. Les quatre premières traitent de l’impact du Roundup dans les milieux aquatiques. Rappelons que dans mon article, j’utilise un PNEC de 28 µg/L, calculé avec une marge (assessment factor) de 10. Pour qu’il soit en cause (lui, ainsi que mon argumentaire qui en découle), il faudrait donc afficher des effets avec une concentration de produit inférieure à 280 µg/L, soit 0,28 mg/L. La première source affiche une toxicité aiguë à 2,3 mg/L de Roundup, et le plus bas effet mentionné à 2,0 mg/L (évitement du milieu par des larves). La deuxième source donne pour des amphibiens une LD50 pour 16 jours d’expositions à au moins 0,55 mg/L. (La LD50 est la quantité pour laquelle la moitié des spécimens meurent.) Notez que ce chiffre relativement bas concerne le Roundup comme formulation complète (pas seulement le glyphosate), et rejoint la remarque que j’ai déjà faite quant à ces animaux. Les troisième et quatrième sources mentionnent des effets à respectivement 205 mg/L et 10 mg/L, c’est énorme. Ainsi, les sources que vous citez sont tout à fait compatibles avec mes propos quant à l’écotoxicité du glyphosate, et semblent même indiquer qu’ils puissent s’étendre au Roundup comme formulation complète.

      Votre cinquième source concerne des bébés rats subissant tous les deux jours une injection sous-cutanée de 2 mg/kg d’herbicide commercial à base de glyphosate. Encore une fois, la dose est énorme et ne remet absolument pas en cause les données toxicologiques utilisées dans mon article. La dose journalière admissible pour le glyphosate est estimée à 0,3 mg/kg/jour. Et c’est par voie oral, on ne va pas se retrouver avec tout ça dans le sang (contrairement à avec une injection sous-cutanée).

      Bref, il convient de ne pas se contenter de regarder que “oh il y a des effets”. Ça, on le sait, et je l’ai dit. Il faut voir les doses en questions, et voir si elles remettent en cause les données à la base de mon argumentaire ; et là, ce n’est pas le cas.

      Et non, le fait que “vous ne maitrisez jamais ce que le voisin a mis” n’est en rien un argument valable ! Déjà, mon article ne repose pas que sur les seuils de toxicité et écotoxicité, mais aussi bel et bien sur les quantités de pesticides trouvées dans l’environnement. À ce sujet-là, c’est la colonne “C / PNEC” qu’il faut regarder dans mes tableaux, et on remarque alors ce que j’ai écrit : “si l’on regarde les concentrations moyennes de pesticides trouvés et qu’on les compare aux concentrations susceptibles d’impacter les écosystèmes, le glyphosate se retrouve encore une fois parmi les grands gagnants.”

      Par ailleurs, tant que l’on n’est pas à demander une abolition complète des pesticides, alors il est absurde de juger seul un produit sans le comparer aux autres qui seraient utilisés à sa place. Moins de glyphosate, c’est plus de ces autres produits qui, selon les données que je fournis, sont bien plus proche de poser problème.

      1. 1) Sur la forme, si ça n’est pas ce que vous entendez, alors pourquoi passer autant de temps sur la forme. C’est une image, de la communication visuelle. En communication, on peut soit faire des textes longs, plus subtile mais peu percutants et parfois inaccessibles ou soit créer un slogan ou une pub où c’est simple à comprendre mais résumé donc avec des raccourcis qui peuvent choquer. Il n’y a pas dix mille choix.

        2) « Déjà, mon article ne repose pas que sur les seuils de toxicité et écotoxicité » –> Pourtant c’est ce que Greenpeace combat et c’est le coeur de problème : la toxicité.
        « Par ailleurs, tant que l’on n’est pas à demander une abolition complète des pesticides, alors il est absurde de juger seul un produit sans le comparer aux autres qui seraient utilisés à sa place. Moins de glyphosate, c’est plus de ces autres produits qui, selon les données que je fournis, sont bien plus proche de poser problème. » –> Greenpeace ou d’autres veulent bien l’abolition complète des pesticides, mais ils y vont petit à petit donc où se trouve l’absurdité ? C’est 0 ou 100 % sinon c’est absurde ? Un produit déjà nocif tout seul doit franchement être comparé avec d’autres ? Ça c’est absurde. Si il existe une alternative où l’on sait que c’est plus sain, pourquoi continuer d’argumenter en décortiquant et en admettant que c’est toxique mais pas tout à fait, et dans certains cas ça pourrait être quand même chouette car blablabla…?
        Niveau rentabilité, qui est bien le premier frein en réalité à d’autres choix et le vrai sujet sous-jacent, car si c’était rentable tout le monde lâcherait ce produit (le pauvre, c’est toujours celui-là dont on parle, je suis désolé si ça vous choque). On se rend compte petit à petit qu’il y a d’autres choix : http://presse.inra.fr/Ressources/Communiques-de-presse/10-ans-d-experimentation-de-systemes-agricoles-autonomes-et-bio mais vous aurez sans doute des critiques à faire sur cette étude sur 10 ans qui ne vont pas dans votre sens.

        1. 1) Pourquoi passer du temps sur la forme ? Je l’ai dit : “On peut donc supposer que Greenpeace Belgique n’a pas sciemment décidé d’exploiter un appel aux émotions dans le but de manipuler le public. Néanmoins, le problème persiste. Recherchés ou non, les sentiments en question s’imposeront à une part du public, qui ne verra pas forcément l’enfant comme un symbole, ou continuera à y voir aussi un enfant en tant que tel. Et la désignation explicite du glyphosate comme une “arme” n’aide en rien, bien au contraire : des armes ciblent des individus, mais difficilement un futur.” Je parle de sentiments véhiculés, de biais générés. Je n’accuse pas Greenpeace de l’avoir fait exprès, et le dit clairement. Je trouve non moins pertinent de décortiquer ce que cette image peut communiquer – pas seulement veut).

          Quant à dire que l’on peut “soit faire des textes longs, […&93; soit créer un slogan ou une pub”, je suis relativement d’accord. Néanmoins, pour justifier à partir de là cette affiche, il faudrait sombrer dans une fausse dichotomie. Ce n’est pas comme si le seul moyen possible était d’employer un bébé et l’imagerie du flingue sur la tempe.

          Et peut-on seulement accepter la possible transmission d’idées fausses et de sentiments indus sous prétexte qu’on ne trouve rien d’autre d’efficace ? La question est assez subjective, mais le vrai prime sur beaucoup de choses à mes yeux, et je ne considérerai que la fin puisse justifier de tels moyens.

          2) Je vous invite à porter encore un peu plus d’attention à ce que j’écris. Pourquoi me dire que justement le cœur du problème est la toxicité ? La toxicité et l’écotoxicité, je les prends justement en compte. Tout ce que je dis, c’est que je ne m’arrête pas à regarder à quel point la substance est (peu) toxique : j’intègre en plus à mon analyse sa prépondérance dans l’environnement, qui ne parvient néanmoins pas à transformer cette faible toxicité en une inquiétude réelle. Je copie ma phrase que vous citez, en ajoutant une emphase : “Déjà, mon article ne repose pas que sur les seuils de toxicité et écotoxicité.”

          Je n’ai non plus jamais dit que “C’est 0 ou 100 %, sinon c’est absurde”. Il serait bon d’éviter les hommes de paille. Par contre, oui, il est absurde de considérer un produit isolément, sans le comparer aux autres qu’il remplace et qui le remplaceront en cas d’interdiction. Les données que je fournis le montrent très clairement : sans être sans effet, le glyphosate est de loin l’une des meilleures substances en termes de toxicité et écotoxicité. Si on l’interdit, on utilisera très certainement d’autres herbicides à sa place, avec alors des impacts sanitaires et environnementaux négatifs accrus. Si l’on veut interdire un à un les pesticides, il faut le faire dans le bon ordre, au risque sinon de faire plus de mal que de bien.

          Quant à votre dernière source : c’est hors sujet. Tout d’abord, je parle dans cet article de l’absurdité de cibler le glyphosate lui-même et dans le contexte actuel, pas du bien-fondé ou non de vouloir lutter contre l’usage de pesticides. Je porterai aussi à votre attention que l’étude en question concerne avant tout l’élevage laitier (étudiant un système laitier herbager d’un part, et un système de polyculture élevage laitier d’autre part). La problématique est donc très différente de celle de l’agriculture en général. Par ailleurs, elle met en avant la viabilité en tant qu’activité professionnelle, la “rentabilité économique”. Il est important de prendre en compte que cette rentabilité économique peut dépendre de prix de vente élevés, incompatible avec une généralisation totale des modes de production. (Tout le monde ne peut pas forcément payer ce surcoût.)

  9. Merci pour cet argumentaire éclairé.

    Il me semble qu’une approche du juste milieu en agriculture est la plus payante : travaillons à réduire les doses mais ne nous interdisons d’utiliser la chimie par idéologie.
    A ce propos je vous invite à regarder les principes de l’agriculture de conservation, et les raisons qui les poussent à continuer utiliser des herbicides :
    http://agriculture-de-conservation.com/A-tous-ceux-qui-veulent-bannir-le-glyphosate.html

    Biodiversité, stockage de carbone, vie du sol, gaz à effet de serre… l’agriculture de conservation fait souvent mieux que le bio. Oui l’agriculture conventionnelle pollue et détruit les sols, mais la faute n’est pas dans la chimie en tant que telle ! C’est un package pratiques + molécules qu’il faut faire évoluer en supprimant les produits les plus dangereux, mais surtout et avant tout en changeant le modèle agronomique. Peut être qu’un peu de glyphosate peut nous y aider.

  10. Bonjour,

    Je tombe sur votre article un peu tard, après avoir vu une vidéo de la  » Tronche en biais ».

    Il est sans doute sain de s’interroger sur ses propres croyances. À ce titre, votre démarche est hautement salutaire (et je vous en remercie)

    Cela dit, n’y a-t-il pas aujourd’hui des éléments nouveaux dans ce dossier et qui ne vont guère dans votre sens ? (à commencer par le fait que la firme elle-même semblait être au courant des dangers potentiels du produit et semblait s’en balancer :
    http://www.lalibre.be/economie/libre-entreprise/dans-des-documents-internes-monsanto-fait-elle-meme-le-lien-entre-roundup-et-cancer-59dccd92cd70461d26889e3f )

    1. En réalité rien de bien nouveau là-dedans. Il convient déjà de clarifier une énième sortie de contexte et/ou réinterprétation de documents internes. L’article que vous citez ose titrer : “Monsanto fait elle-même le lien entre Roundup et cancer !” ; au prétexte qu’une présentation PowerPoint de 2008 contenait : “Le Roundup influence une des phases cruciales de la division cellulaire, ce qui pourrait à long terme mener au cancer.” Mais sont-ce réellement les propos de Monsanto ? En allant jeter un œil au PowerPoint, tout porte à croire que non. En fait, le document mentionne dans deux slides deux études remettant en cause le Roundup. Le propos cité ici pour inculper Monsanto, le titre d’un de ces slides, n’est que la conclusion de l’étude afférente. Le PowerPoint a tout d’un support pour une réunion où étaient discutées les implications de ces publications et la marche à suivre en réaction, et absolument rien n’indique que Monsanto soit d’accord avec ces conclusions (surtout que l’étude en question est faite sur des embryons d’oursins in vitro).

      Voilà de quoi vous montrer à quel point les articles sur les Monsanto Papers sont à prendre avec des pincettes, car ce genre de situation est loin d’être rare.


      Et pourtant, il y avait des choses à dire sur ce document, qui fait écho à des remarques que j’ai occasionnellement faites. Vous trouverez dans le dernier slide, support des réflexions sur ce qu’il convient de faire, les questions suivantes : “Quels sont les risques liés à la réalisation d’une nouvelle étude ? Quels sont les risques liés à la non-réalisation d’une nouvelle étude ?” Voilà qui pose une claire question éthique ! En effet, autant il est compréhensible que l’entreprise considère les coûts d’une étude et son utilité attendue pour décider de sa mise en place ou non, autant il est bien plus dérangeant qu’elle intègre dans ses réflexions le risque d’une découverte dérangeante.

      Connaissant un peu les Monsanto Papers, je peux certainement détailler de quoi il s’agit puisqu’il est question d’une étude sur des singes, et donc probablement de celle discutée dans des emails de novembre 2008 révélés bien plus tôt (pièce à conviction 192-31). L’absorption cutanée avait été estimée en mesurant le taux de glyphosate dans les urines, or des résultats ultérieurs ont indiqué qu’une part conséquente du produit absorbé par la peau pourrait avoir été rejetée par les selles (4,5 fois plus que via l’urine). Monsanto pouvait alors multiplier ses chiffres par 5,5 ‘au cas où’ et remarquer que même ainsi les seuils toxicologiques étaient respectés. Toutefois, un employé, Christophe Gustin, remarqua que cela “[contredirait] le fait qu’ils ont toujours affirmé comprendre intégralement la pharmacocinétique du glyphosate”. Refaire l’étude fut alors envisagé, mais en plus des difficultés techniques et liées aux réglementations sur l’expérimentation animale, Christophe Gustin remarqua qu’“une telle étude serait trop risquée” du faite de la “possibilité de découvrir un nouveau métabolite chez le mammifère”.

      On pourra leur laisser qu’une telle découverte ne remettrait pas en cause les résultats des études toxicologiques in vivo, qu’ils peuvent donc avoir confiance en leur produit tout en acceptant une telle ignorance, et qu’une telle découverte complexifierait encore le dossier sur le glyphosate (pour rien selon ce raisonnement) ; mais même ainsi, on ne peut trouver normal de se refuser de faire une étude par crainte de découvrir quelque chose.


      Un autre élément à remarquer est que ce dont il est question dans l’article de La Libre et dans l’étude mentionnée par Monsanto, c’est du Roundup. Or je parle généralement du glyphosate. Ce dernier se retrouve dans tout un paquet de formulations différentes, susceptibles d’inclure des co-formulants eux-mêmes cancérogènes. J’ai beau défendre qu’une interdiction du glyphosate me semble indue et contre-productive, je ne défends pas chaque formulation et appelle à une amélioration du processus d’homologation des mélanges.

      Par ailleurs, si je commence ce commentaire par “rien de nouveau”, c’est aussi parce que la reconnaissance d’une cancérogénicité “du Roundup” se trouvait déjà dans les Monsanto Papers. Des emails de septembre 2001 (pièce à conviction 192-3) faisaient état de la réplication d’une étude de Bolognesi et Peluso qui indiquait que le Roundup testé était cancérogène. Monsanto a refait l’étude avec et sans glyphosate dans la formulation et obtenu les mêmes résultats, ce dont a été déduit que les coupables étaient les co-formulants. Voilà donc “le Roundup” cancérogène selon Monsanto… ou plutôt un Roundup. Car oui, “le Roundup” ne fait pas vraiment sens si l’on parle des effets sanitaires de la formulation, puisque rien que ce nom regroupe de nombreuses formulations différentes. En l’occurrence, il s’agissait là de la formulation MON 35050, qui déjà en février 2001 n’était plus sur le marché.

  11. Juste dommage qu’il n’y ait pas de conclusion type dissert « donc c’est vrai. »/ »donc c’est faux. », un simple « ne croyez pas tout ce qu’on vous dit » ne répond pas vraiment à la problématique… « Interdire le glyphosate vous fera vivre plus longtemps » ?

    1. Cet article n’a pas pour prétention de répondre à cette question. Son but est de mettre à jour le caractère biaisé, trompeur et régulièrement contre-factuel des communications concernant le glyphosate, ainsi que de montrer qu’une vision manichéenne et simpliste n’est pas représentative de la complexité de la situation et pourrait bien mener à des actions contre-productives.

      Néanmoins, il ne se contente pas de conclure : “Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit.” Sans prendre position au sujet des agriculteurs, il remarque que l’exposition des consommateurs au glyphosate par l’alimentation et l’eau ne semble pas poser de risque sanitaire, qu’il soit toxicologique ou cancérologique. En guise de conclusion, il remarque aussi dans sa dernière partie que d’une part, dans le contexte actuel, une interdiction du glyphosate serait certainement contre-productive tant sur les plans sanitaires qu’environnementaux puisqu’elle favoriserait d’autres produits plus toxiques et écotoxiques, et que d’autre part la focalisation opérée sur le glyphosate dévie l’attention du public et des autorités d’autres pesticides ou pratiques qui semblent bien plus susceptibles de poser un problème réel.

  12. Il faut reconnaître que ça fait réfléchir…
    Et pourtant, mon biais de confirmation résiste et refuse de se plier, mais pour une autre raison.
    Certes, il est possible que tout le bruit fait autour du glyphosate et ses conséquences sur la santé aient été exagéré.
    En tout cas, votre article le démontre dans le cas de l’affiche Greenpeace.
    Mais par contre, ce qui semble confirmé, c’est son impact toxique sur les batraciens.
    Or, vous n’ignorez sans doute pas que les batraciens sont déjà très durement frappés par une « épidémie » due à un champignon, le chytridiomycose, qui est en train de les anéantir à vitesse grand V.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Chytridiomycose
    Peut-être que la véritable honnêteté pour Greenpeace aurait été, en lieu et place du bébé, de représenter une grenouille avec le spray sur la tempe, mais ça aurait peut-être moins ému le lecteur.
    De ce point de vue, et compte tenu de l’extinction rapide de nombreuses espèces, ne faudrait-il pas interdire le glyphosate simplement parce qu’il tue les batraciens ? N’est-ce pas une raison déjà suffisante pour justifier une interdiction ? On a vu, dans le cas de la disparition des abeilles, l’impact dramatique que cela pouvait avoir sur l’agriculture, indépendamment du fait qu’après tout, les batraciens ont le « droit » d’exister, et ne sont pas destinés par nature à être les victimes collatérales de notre mode de production. Je sais que ça déborde un peu du cadre de la discussion sur les chiffres, les études et leur manipulation, mais que voulez-vous, c’est bête, mais je n’arrive pas à intégrer l’idée que le glyphosate doit être considéré comme « bénin » simplement parce que d’autres herbicides sont plus toxiques. C’est un argument un peu discutable, je trouve. Effectivement, il faut plutôt envisager l’interdiction de tous les produits toxiques, que ce soit pour la santé ou l’environnement, quitte à galérer un moment pour trouver des solutions de rechange, mais ce n’est que mon humble avis…

    1. Douter, réfléchir, est la première étape, la plus importante. Et vu l’état du débat en France, c’est déjà énorme l’air de rien.

      Si de cette publication, vous déduisez que les présentations usuelles du sujet sont peut-être éloignées des réalités pratiques, et que peut-être le glyphosate n’est pas forcément une cible pertinente, alors c’est déjà une victoire. Même si j’essaie de réaliser un travail assez complet, rien ne peut vous assurer qu’il n’omet pas un super argument contre la substance. Je ne m’attends donc pas à ce que votre point de vue change du tout au tout, et ne le cherche d’ailleurs pas spécialement. Mais au moins vous avez de quoi remettre en question la vision caricaturale usuelle sur la question, et donc regarder réellement les arguments en présence pour et contre le produit. Le débat rationnel devient possible.

    2. Au sujet des batraciens, je vous renvoie vers la dernière partie de l’article. L’impact sur les amphibiens n’est pas ici ignoré : il est même mentionné dans mon article. Néanmoins, même avec cet impact, les concentrations de glyphosate observées dans les eaux de surfaces restent très éloignées des seuils d’écotoxicité (PNEC et NGQ) qui en découle : la concentration moyenne est à 0,32% de ces seuils, contre 11%, 28%, ou encore 89,5% avec d’autres herbicides.

      Ainsi, c’est aussi l’inquiétude pour les écosystèmes qui tend à faire préférer le glyphosate. C’est pour cela que, au sujet des eaux de surfaces et de la pollution environnementale donc, l’OPECST mettait en avant comme avantage des cultures OGM Roundup-Ready le remplacement des herbicides par des herbicides à base de glyphosate dans cultures.

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